Les chiffres des services spécialisés (Équipes SOS Enfants et Vertrouwenscentra Kindermishandeling) montrent que seuls 2 à 3% des signalements de maltraitance infantile (ou de présomptions) proviennent de médecins généralistes. C’est sur la base de ce constat assez étonnant que le KCE a été chargé de définir des pistes d’action pour améliorer globalement la détection de la maltraitance infantile par les professionnels de la santé.
Voir l’interview vidéo du Dr Geneviève VEEREMAN, co-auteur du rapport KCE
Comment explique-t-on que les MG soient si peu enclins à signaler leurs présomptions de maltraitance infantile ?
Les principales raisons invoquées sont 1/qu’ils ont peur de se tromper et de porter à tort des accusations graves et 2/que, comme ils ont généralement une bonne relation avec l’ensemble de la famille, ils craignent de perdre ce lien de confiance important pour le suivi ultérieur de l’enfant. Ils ont également déploré qu’une fois un cas signalé, il leur est souvent « retiré des mains » et qu’ils restent alors sans plus aucune nouvelle sur le devenir de l’enfant. Et enfin, on constate un manque de confiance global dans les services et structures existants, qu’ils savent surchargés.
Mais bien sûr, les MG ne sont pas seuls en cause. Ces raisons sont partagées par de nombreux autres intervenants. Améliorer la détection de la maltraitance est un problème qui doit être abordé de façon globale.
Parmi vos 18 recommandations, quelles sont celles qui concernent plus spécifiquement les MG ?
En premier lieu, nous pensons qu’il faut les aider à affiner leurs présomptions. Le diagnostic de maltraitance nécessite une certaine expertise. C’est pourquoi nous préconisons que des médecins légistes (en nombre suffisant) soient disponibles, à la demande, pour examiner les situations problématiques avec eux (ou avec les urgentistes, pédiatres, sages-femmes, intervenants à domicile, etc.). Il faut également renforcer leurs connaissances au sujet des outils et services existants, du cadre légal, etc. Et enfin leur proposer des techniques de communication pour qu’ils osent aborder ce sujet délicat avec les familles à risques.
En Belgique, les prestataires de soins doivent évaluer par eux-mêmes s’ils doivent signaler un cas, quand et à qui. Mais la plupart sont perdus devant la complexité du système…
C’est pourquoi nous pensons qu’il est nécessaire de mettre en place des protocoles d’action décrivant de façon précise et concrète les démarches à entreprendre. Il en existe déjà mais ils sont assez généraux ; il faudrait les concevoir sur mesure pour les différents intervenants.
Sur un autre plan, nous demandons aussi que l’on améliore les moyens de communication et de coordination entre les différents services d'aide existants, la police, les services judiciaires et les professionnels des différents secteurs concernés, pour renforcer leur efficacité. C’est le bénéfice des victimes qui doit primer.
Ceci soulève la délicate question du secret professionnel et du respect de la vie privée….
Actuellement, les politiques d’action des Communautés sont axées sur la collaboration volontaire des parents. Cette approche a toutefois des limites ; il vient parfois un moment où les intervenants, quels qu’ils soient, doivent pouvoir se poser la question de l’implication de la justice pour mettre en place une aide plus contraignante. Pour cela, il faut rendre possible le partage d’informations entre les services d’aide (Equipes SOS-Enfants, ONE, …), la police et la justice. Actuellement, des projets pilotes en cours en Flandre testent certains assouplissements du secret professionnel – tout en restant dans des balises très strictes – et il sera intéressant de tenir compte de leurs observations.
Pour découvrir l’ensemble des 18 recommandations du KCE, voir la synthèse du rapport.