Le système de remboursement du secteur de la réadaptation locomotrice est très complexe. Entre 2000 et 2004 son budget est passé de 57 à 87 millions d’euros. Une croissance plus importante que celle du budget global de l’INAMI. La qualité et les résultats de ces efforts ne sont pas connus puisque rien n’est mesuré. C’est la conclusion qu’en tire le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) en collaboration avec l’UZ Leuven, la VUB, l’université d’Anvers et Deloitte Consulting, à la demande du Ministre Demotte. Le KCE formule des recommandations concrètes pour améliorer la situation.
La réadaptation locomotrice (réadaptation musculosquelettique et neurologique) joue un rôle important dans des affections comme l’amputation, la lésion médullaire, l’accident vasculaire cérébral ou certaines maladies chroniques (ex : sclérose en plaques). Dans cette étude l’accent a été mis sur la réadaptation pluridisciplinaire où plusieurs intervenants collaborent (kinésithérapeute, logopède ou ergothérapeute, …) pour permettre au patient de récupérer autant que possible ses fonctions normales.
Plusieurs systèmes de remboursement co-existent en Belgique, ayant chacun un impact financier différent sur les dépenses de l’assurance maladie et sur les rentrées des centres de réadaptation et des médecins réadaptateurs. Il n’est pas toujours évident de déterminer quel système doit être utilisé pour tel patient : la réadaptation après une prothèse totale de hanche se fera de façon mono-disciplinaire par un kinésithérapeute dans certains centres alors que dans d’autres elle sera systématiquement pluridisciplinaire avec les conséquences budgétaires que cela implique. Ainsi pour un même patient la nature du traitement et sa durée sont susceptibles de varier très fort. Les résultats en termes de réadaptation aux activités de la vie quotidienne et de réintégration socioprofessionnelle ne sont pas connus et aucun contrôle de qualité n’est effectué.
Les centres de réadaptation reconnus sont répartis de façon inégale : aucun centre n’offre des traitements de longue durée au Luxembourg tandis que Bruxelles et la Flandre-Occidentale regorgent de tels centres par rapport aux autres provinces.
Une réorganisation du secteur s’impose. C’était également la conclusion d’un groupe de travail ministériel. En tout premier lieu, il faut introduire un système de classification plus objectif, qui permette d’évaluer les besoins de réadaptation des patients et de les adresser au type de structure qui leur convient le mieux. Le système de classification CIF (Classification Internationale du Fonctionnement, du handicap et de la santé), soutenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et qui fait actuellement l’objet de travaux intensifs au niveau international, pourra sans doute être utilisé un jour. En attendant, le KCE propose de déjà commencer avec un des systèmes existants.
Sur base de ses recherches et d’une comparaison internationale, le KCE recommande d’organiser la réadaptation locomotrice en trois niveaux, chacun avec son propre système de financement. Le premier niveau est le niveau général, qui doit être largement accessible via n’importe quel hôpital. Au deuxième niveau ou niveau spécifique seraient traitées les affections plus complexes mais relativement fréquentes. A ce niveau, 20 à 30 centres suffisent alors qu’actuellement il y en a 46. Le troisième niveau, hautement spécifique, prendrait en charge les patients présentant des affections plus complexes et plus rares. Il ne faudrait pas plus de 3 à 5 centres à ce dernier niveau.
Des recommandations de bonne pratique clinique en matière de types et de durées de traitement doivent être développées d’urgence et de manière scientifique.