La tomodensitométrie multidétecteurs (ou MSCT pour multislice CT) est de plus en plus utilisée dans les hôpitaux belges pour diagnostiquer une sténose d’artère coronaire. Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) l’a comparée aux techniques diagnostiques classiques en cardiologie. Il n’est pas démontré que la MSCT contribue à empêcher des crises cardiaques ou à sauver des vies. La MSCT a surtout le mérite de montrer la normalité des artères coronaires et donc de rassurer les patients. Pour le reste, il n’est pas clairement établi que la précision de cette technique soit suffisante pour remplacer les autres examens diagnostiques. En outre, la MSCT expose le patient à une haute dose de rayons X. Le KCE recommande que le remboursement soit soumis à des conditions strictes et qu’une étude clinique nationale rigoureuse soit entreprise.
Un rétrécissement ou sténose d’artère coronaire réduit voire supprime l’alimentation sanguine et l’oxygénation du cœur. Ce phénomène peut entraîner une douleur dans la poitrine (l’angine de poitrine), un infarctus du myocarde ou même une mort subite. Dans la plupart des cas, le traitement est médicamenteux. Dans d’autres, le passage du sang doit être rétabli par voie chirurgicale ou au moyen d’un ballonnet introduit dans l’artère en question. Dans ces cas-là, le recours à l’imagerie médicale est nécessaire avant de pouvoir intervenir.
Jusqu’il y a peu, la coronarographie était la seule technique permettant de visualiser les artères coronaires. Pour ce faire, on introduit un fin tuyau à partir d’une artère de l’aine jusqu’à l’artère coronaire grâce auquel on injecte un produit de contraste. Pour cet examen, le patient doit généralement être hospitalisé. Pour visualiser les artères coronaires avec la MSCT, une simple injection de produit de contraste dans une artère suffit pour visualiser en trois dimensions des structures en mouvement rapide comme le cœur et les artères coronaires. Une hospitalisation n’est donc pas nécessaire, ce qui est moins cher et moins désagréable pour le patient. Développée il y a plus de 10 ans, l’imagerie par scanner CT multidétecteurs se pratique déjà dans plus de 20 hôpitaux en Belgique.
Le gros désavantage de la MSCT est sa haute dose de radiation. La dose d’un seul examen équivaut à celle de 500 radiographies classiques du thorax. Le risque de cancer associé à une telle irradiation n’est pas négligeable. Cela a incité les fabricants à mettre sur le marché des machines plus sûres, mais au détriment de la qualité d’image.
Un autre désavantage, lorsque une sténose est effectivement détectée, est qu’il faut quand même procéder à un examen invasif classique avant de pouvoir intervenir pour rétablir la circulation sanguine.
Le KCE a analysé l’éventualité du remplacement des examens classiques par la MSCT dans le diagnostic de la sténose coronaire. Il apparaît que la MSCT permet de bien établir qu’une artère coronaire est normale. Cette technique serait donc surtout utile pour rassurer les patients. Mais il y a pour cela d’autres alternatives plus simples et moins coûteuses. D’autre part, des calcifications innocentes apparaissent parfois à tort comme des sténoses, alarmant inutilement les patients qui doivent alors se soumettre à des examens supplémentaires inutiles. Il n’est pas démontré que la MSCT puisse prévenir des crises cardiaques ou sauver des vies. Quant aux données concernant le rapport coût-efficacité de la MSCT par rapport aux examens classiques, elles sont insuffisantes.
En réalité, cette technologie est déjà fort répandue et un nombre croissant d’hôpitaux n’en disposant pas encore envisage son introduction. Le Gouvernement a prévu d’y consacrer un budget de 1 260 000 euros en 2008. Le KCE recommande de limiter le recours à la MSCT chez les patients présentant certains symptômes. Par ailleurs, les radiologues devraient suivre une formation spécifique et la demande d’examen devrait être réservée aux cardiologues et aux urgentistes. Enfin, les patients examinés par MSCT devraient être enregistrés et faire l’objet d’une étude clinique nationale rigoureuse.