Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé a étudié en collaboration avec l’UCL et avec l’UGent, les possibilités de différenciation des fonctions infirmières en milieu hospitalier. L’étude montre qu’il reste certainement encore des possibilités d’impliquer plus largement des assistants logistiques et des aide-soignants mais aussi des infirmières de niveau universitaire pour des soins de nature plus complexe. Une telle différenciation permettrait de rendre plus attrayant le métier d’infirmier et d’améliorer l’efficience des soins. Les infirmiers devraient cependant alors recevoir une formation adéquate en matière de délégation des tâches, de gestion d’équipe et d’encadrement.
Les hôpitaux rencontrent de plus en plus de problèmes pour attirer et maintenir au travail des infirmières qualifiées. Les causes de ces difficultés sont notamment la mauvaise image de la profession, les conditions de travail, la complexité croissante des soins, … La différenciation des fonctions est une des manières d’aborder ce problème et d’améliorer l’efficience des soins. Cela consiste à ce que certaines tâches infirmières soient confiées à du personnel ayant des qualifications différentes. Cette différenciation permet une adaptation dynamique des soins répondant aux besoins de chaque patient. Elle permet en outre de rendre la profession infirmière plus attractive et d’offrir aux infirmier(e)s des perspectives de carrière plus intéressantes dans le secteur des soins.
Le KCE a mené une étude de terrain dans 30 hôpitaux sur 6 services différents. Celle ci établit qu’il est possible de différencier davantage. Ainsi, un plus grand nombre de tâches logistiques et administratives pourraient être transférées aux assistants logistiques. En outre, des activités simples de soins n’exigeant que des compétences de base (par exemple des soins d’hygiène, une aide pour prendre ses médicaments, …) pourraient être déléguées à des aides soignant(e)s, c'est-à-dire à des personnes ayant reçu une formation de soignant dans l’enseignement secondaire professionnel. Sur le terrain, l’implication de ces personnes est encore trop limitée. Le nombre d’assistants logistiques et d’aides soignants pourrait encore augmenter et leur activité être complètement intégrée dans les services hospitaliers.
Les activités complexes qui réclament une expertise particulière et/ou un jugement clinique doivent continuer à relever de la compétence exclusive des infirmiers. Il ressort de l’étude de terrain que certaine tâches sont considérées comme très complexes. Pour l’accomplissement de celles-ci, qui se situent entre autres dans les domaines de la communication au sujet des soins et de l’éducation des patients et de leur famille, il faut des infirmier(e)s spécialisé(e)s qui aient suivi une formation de niveau universitaire. Il y a là une possibilité d’offrir des perspectives de carrière à ceux ou celles qui auraient obtenu un master en soins infirmiers.
La différenciation des fonctions infirmières n’offre une solution valable que si les infirmiers apprennent à déléguer, à coordonner une équipe hétérogène et à offrir un encadrement valable à leurs collaborateurs. Le KCE recommande de veiller à l’acquisition de telles compétences dans le cadre de la formation de base mais aussi au niveau de l’hôpital.
De plus, des projets pilotes de différenciation de fonctions sur le terrain devraient être lancés, grâce auxquels l’efficience et la qualité des soins pourraient être suivies de manière scientifique.