La profession de médecin généraliste souffre d’une popularité en forte baisse ces dernières années : une minorité d’étudiants optent pour cette spécialité et de nombreux médecins généralistes quittent leur pratique. Le centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a étudié les causes de cette diminution d’attractivité, et ce en collaboration avec cinq équipes de recherche (UCL, UA, ULg, UGent, KULeuven). Ils ont interviewé les principaux intéressés: étudiants, (ex)médecins généralistes, décideurs, associations professionnelles et universités. Il apparaît que cette profession souffre de son image négative auprès des étudiants en médecine et que les conditions de travail du médecin généraliste interfèrent fortement avec sa vie privée. Les chercheurs proposent des mesures pour améliorer l’image du médecin généraliste, sa position dans le système de santé et ses conditions de travail.
En Belgique, moins du tiers des étudiants en 7ème année de médecine optent pour la spécialisation en médecine générale. Le rapport récent du KCE (2007-72) relatif à l’offre médicale a montré que le quart du quota prévu pour les médecins généralistes dans le cadre du numerus clausus n’est pas rempli. Par ailleurs, près de 20% des diplômés en médecine générale n’exercent jamais leur métier. D’autres quittent après quelques années : en 2005, près de 15% des médecins généralistes qui avaient obtenu leur diplôme dix ans auparavant avaient quitté le secteur curatif. Cette situation peut conduire à une pénurie de médecins généralistes, principalement en zones rurales et dans certaines zones urbaines.
Médecin généraliste : une profession non attractive pour l’étudiant en médecine
Les interviews et l’enquête auprès de tous les étudiants en 7ème année de médecine révèlent qu’ils considèrent la médecine générale comme une profession qui jouit d’un moindre statut et de revenus moins élevés que les autres spécialités. Selon eux, les causes de cette perception négative seraient un manque d’information relatif à la spécialité, une image négative de la médecine générale au sein de la faculté, et la qualité de la formation et des stages en médecine générale qui laisseraient à désirer.
Les conditions de travail difficiles poussent les médecins généralistes à arrêter
Une lourde charge de travail, des situations stressantes (par exemple les urgences) et des relations difficiles avec les patients et/ou des collègues peuvent peser lourdement, tant sur la vie privée que sur la vie professionnelle du médecin généraliste. Suivant les (ex)médecins généralistes interviewés, ces éléments sont les raisons majeures pour quitter la profession. La littérature internationale suggère des facteurs supplémentaires tels que des revenus trop bas, un support professionnel insuffisant (de la part des spécialistes et des hôpitaux par exemple) et dans les régions isolées, des pratiques situées dans des lieux peu attractifs (absence d’écoles, d’activités culturelles…).
Mesures politiques pour solutionner le problème
De nombreuses mesures ont déjà été prises pour rendre la profession plus attractive. Aux EU, les facultés de médecine organisent des programmes spécifiques pour attirer les étudiants en médecine générale, par exemple au niveau de la sélection des étudiants, des cours de médecine générale, des formations pour la pratique en milieu rural. Dans certaines zones rurales, entre autres en Australie, les nouvelles pratiques de médecine générale bénéficient d’un soutien financier et des services de remplaçants sont organisés. Beaucoup de ces mesures n’ont pas encore vraiment prouvé leur efficacité. La Belgique a également pris des initiatives pour soutenir l’installation dans des zones difficiles et encourager les pratiques en association.
Les décideurs et acteurs-clé interrogés dans le cadre de cette étude suggèrent plusieurs pistes d’action dans le domaine de l'organisation des soins, de la formation et des conditions de travail. L'organisation des soins doit permettre de renforcer le travail en collaboration (éventuellement en pratique de groupe), une meilleure délégation de certaines tâches (e.a. administratives) et un rôle central du médecin généraliste dans les soins. Les décideurs et acteurs-clé plaident pour une meilleure intégration de l'enseignement de la médecine générale dans le cursus médical. Un financement à la capitation combiné à un financement à l’acte, la suppression de l'obligation individuelle de garde et le soutien à une carrière “évolutive” constituent trois pistes pour améliorer les conditions de travail.
Recommandations du centre fédéral d’expertise
Le KCE recommande de revaloriser la médecine générale au sein des facultés de médecine avec entre autres une sélection ciblée d’étudiants avec affinité pour la médecine générale, des cours et des stages de bonne qualité, organisés tôt dans le programme des cours de médecine.
Les conditions de travail des médecins généralistes pourraient être améliorées entre autres par la mise en place de possibilités d’interruption de carrière, de temps partiels et de services de garde bien organisés. Le travail en collaboration, au sein de réseaux ou de pratiques de groupe, devrait être encouragé: il contribue à rompre l’isolement et permet la délégation de tâches administratives et le travail en équipe multidisciplinaire.
Par ailleurs, le KCE plaide pour le maintien des mesures actuelles de soutien aux pratiques en association et aux pratiques qui s’installent dans des zones qui comptent trop peu de médecins généralistes. Les différences de revenus entre spécialistes en médecine générale et autres spécialistes devraient être analysées et adaptées si elles se révèlent être trop fortes.