Aujourd’hui, un belge sur 5 âgé de plus de 35 ans consomme des statines. Ces médicaments coûtent à l’assurance maladie annuellement plus de 215 millions €, soit 7% du budget des médicaments hors hôpitaux. C’est ce que constate le Centre fédéral d’expertise de soins de santé (KCE) dans son dernier rapport. L’augmentation observée est principalement liée à un accroissement important de la prévention primaire, c’est-à-dire à l’utilisation de statines par des personnes avec un taux de cholestérol trop élevé qui veulent diminuer leur risque d’accident cardiovasculaire, par exemple un infarctus, mais qui n’ont pas encore rencontré un tel problème. Le KCE recommande de ne considérer l’utilisation de statines que comme un des éléments d’une politique de prévention cardiovasculaire globale. Un changement de style de vie, comme arrêter de fumer, pratiquer plus d’exercice physique et s’alimenter sainement, devrait être prioritaire.
Plus de 80% des belges entre 35 et 74 ans ont trop de mauvais cholestérol, ce qui augmente le risque de maladie cardiovasculaire et de mortalité. Il est important en premier lieu de modifier le style de vie : une alimentation saine, arrêter de fumer et plus bouger. De manière subsidiaire, la prise de médicaments hypocholestérolémiants peut aussi diminuer le risque de maladie cardio-vasculaire. Parmi ces médicaments, les statines constituent un groupe important.
Spectaculaire augmentation de l’utilisation des statines
L’utilisation des statines a énormément augmenté au cours des dernières années. Les belges consomment aujourd’hui 20 fois plus de statines qu’il y a 12 ans. Aujourd’hui, un belge de plus de 35 ans sur 5 utilise ce médicament. Les statines sont de ce fait parmi les médicaments le plus consommés dans notre pays et une grande part du budget de l’assurance maladie leur est allouée : 7% du budget des médicaments ambulatoires, soit plus de 215 millions € chaque année.
L’augmentation a eu lieu principalement chez les personnes qui n’ont pas encore eu d’incident cardiovasculaire
L’augmentation de la consommation de statines s’observe surtout en prévention primaire, c'est-à-dire chez des personnes avec un taux de cholestérol trop élevé mais qui n’ont pas encore subi d’accident ou de maladie cardiovasculaire, bien qu’ils en courent le risque. L’augmentation de consommation de statines en Belgique est donc liée à un style de vie peu sain, mais aussi au vieillissement de la population et à une tendance générale à médicaliser la prévention des maladies.
Selon le KCE, les statines ne devraient être qu’un des éléments d’une politique globale de prévention cardiovasculaire. Un changement de style de vie comme l’arrêt du tabac, plus d’activité physique et une nutrition saine, est prioritaire. Cela demande évidemment aussi des mesures structurelles et des campagnes d’information grand public.
Utilisation après un accident cardiovasculaire souvent trop basse
Après une hospitalisation pour un accident cardiovasculaire, seulement un peu plus de la moitié des patients en 2006 ont entamé un traitement par statines. L’administration ou non de statines dépend étroitement du type d’évènements cardiovasculaires considéré : presque toutes les personnes de plus de 50 ans qui ont souffert d’un infarctus aigu se sont vu prescrire des statines. Par contre, seulement 58% d’entre eux ont reçu des statines après accident vasculaire cérébral. L’utilisation de statines chez ces patients à haut risque pourrait donc, selon le KCE, être optimisée.
De grandes différences de prix . . .
En Belgique, il y a 5 statines sur le marché avec d’importantes différences de prix entre elles. La simvastatine (Zocor® et génériques) et la pravastatine ( Prareduct®, Pravasine® et génériques) sont les moins chères. En moyenne, elles coûtent annuellement par patient environ 70€ pour la simvastatine et 146€ pour la pravastatine. L’atorvastatine (Lipitor®) est, avec son prix annuel de 416€ par patient, la plus chère des molécules de statines.
. . . mais pas de différence au niveau du bénéfice et de la sécurité clinique
En dépit de cette variation de prix, il n’y a pas de différences probantes en termes d’efficacité et de sécurité clinique entre les différentes statines lorsqu’elles sont prises à la dose correcte pour une baisse de cholestérol déterminée. A noter que la dose nécessaire pour obtenir une baisse de cholestérol donnée varie d’un statine à l’autre : ainsi 40 mg de simvastatine réduisent le mauvais cholestérol autant que 10 mg d’atorvastatine. A noter aussi que nous disposons de moins de recul pour évaluer la balance risque-bénéfice de la molécule la plus récente, la rosuvastatine (Crestor®), disponible depuis 2003.
Les recommandations de l’INAMI d’utiliser la simvastatine ou la pravastatine dans la majorité des nouveaux traitements sont donc scientifiquement fondées et devraient être appliquée de manière optimale. Ceci dit, le bénéfice escompté d’une prévention par statine est proportionnel au profil de risque individuel du patient : pour un patient avec un faible risque, les statines procureront peu de bénéfices. Avant de démarrer un traitement pour de nombreuses années, il vaut donc mieux avoir une discussion approfondie avec le patient.