Un des fondements de notre système de soins de santé est son accessibilité au plus grand nombre. Le patient belge paie de sa poche des tickets modérateurs et des suppléments. Ces derniers ont augmenté les dernières années. Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) montre que le choix d’un type de chambre mais aussi et surtout la durée et la fréquence des hospitalisations, engendrent de grandes variations dans les suppléments. Dans le cas des maladies chroniques, ces suppléments peuvent représenter des charges financières très importantes. Par ailleurs, on observe des différences importantes d’une région à l’autre et d’un hôpital à l’autre.
Les suppléments sont constitués d’une part des sommes que le patient doit payer en plus des tickets modérateurs pour les honoraires, les chambres et le matériel et d’autre part des prestations et les frais non remboursables. Ils sont facturés en cas d’hospitalisation mais aussi en ambulatoire. Les hôpitaux et les médecins ont une assez grande liberté pour fixer leurs prix. Suivant des études récentes des mutualités, les suppléments ont augmenté de 21% entre 2002 et 2004. Principalement à cause des honoraires des médecins et du matériel médical.
Les conclusions du KCE qui a travaillé en concertation avec les universités d’Anvers et de Leuven, sont tirées de l’analyse d’un échantillon de données de toutes les mutualités – une première en Belgique - . L’étude nous apprend qu’en 2003 environ 40% de la population a du faire face à des suppléments pour un montant moyen de €60. Cette moyenne cache cependant de grandes différences entre les patients : quelques 300.000 patients paient plus de €500 euros de suppléments et 140.000 patients doivent même payer plus de €1.000.
Au niveau des hôpitaux, il y a une forte variation régionale : les suppléments sont beaucoup plus élevés à Bruxelles, Liège et (dans une moindre mesure) dans la province de Luxembourg. Les différences les plus importantes se situent dans les honoraires et les suppléments de chambre. Le prix d’une chambre particulière à Bruxelles est environ €50 plus élevé qu’à Anvers. Les suppléments d’honoraires de chirurgie en chambre particulière sont 40 à 60% plus élevés à Bruxelles et à Liège qu’à Anvers.
Comme on peut s’y attendre, les suppléments les plus élevés sont payés par les patients qui ont choisi des chambres à un lit. Les groupes socio-économiques défavorisés sont en principe protégés contre les suppléments de chambre et d’honoraires et le rapport le confirme. Mais pour ceux qui sont hospitalisés plus longtemps ou plus fréquemment, la protection n’est pas parfaite.
En ambulatoire, les suppléments semblent moins élevés qu’en hospitalisation mais ce sont souvent les mêmes patients qui les paient.
En tant que patient, il est très difficile de comparer les prix entre hôpitaux. Il en va de même pour les soins ambulatoires, par exemple le traitement par un spécialiste sans hospitalisation. Ce manque de transparence rend difficile un choix raisonné et peut conduire à des surprises désagréables. Le KCE recommande l’adoption de règles plus claires au sujet de la manière dont l’information doit être transmise au citoyen et aux autorités.
Le KCE recommande également que la protection contre les suppléments élevés ne soit pas seulement fonction de critères socio économiques mais que l’on tienne compte aussi de la durée des hospitalisations et des maladies chroniques, c’est à dire des personnes qui doivent faire face à des suppléments répétés. Les mesures récentes prises en la matière vont dans ce sens.