Quels seraient les coûts et les bénéfices associés à des programmes de vaccination contre la varicelle chez les enfants et contre le zona chez les adultes ? Le Centre d’évaluation économique et de modélisation des maladies infectieuses de l’Université d’Anvers (CHERMID) a examiné ces questions pour le compte du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE). L’étude révèle qu’un programme de vaccination contre la varicelle n’est souhaitable que si l’on est certain qu’il n’engendrera pas d’augmentation trop importante du nombre de zonas. Les résultats, non encore disponibles, d’autres pays où la vaccination a déjà lieu devraient nous permettre d’en savoir plus. Les avantages de la vaccination des personnes âgées contre le zona ne sont pas clairs non plus à cause du manque actuel de données fiables.
Les contacts avec la varicelle réduisent le risque de développement du zona
La varicelle est une maladie infantile courante et très contagieuse. La plupart du temps les enfants infectés par le virus de la varicelle guérissent sans qu’aucune complication ne survienne. Toutefois, environs 1 enfant infecté sur 200 devra être hospitalisé.
Après une varicelle, le virus reste présent « endormi » dans le corps. Suite à une baisse des défenses immunitaires, le virus peut « se réveiller » sous la forme d’un zona cette fois. On suppose que la protection immunitaire se renforce chaque fois qu’un individu précédemment infecté par le virus de la varicelle entre en contact avec la varicelle (par le biais d’un enfant malade par exemple). Le système immunitaire parviendrait ainsi à maintenir le virus dans un état de latence et à éviter l’apparition de zona jusqu’à un âge avancé. Si ce mécanisme de renforcement du système immunitaire disparait, notamment suite à la vaccination des enfants contre la varicelle, le nombre de cas de zona pourrait augmenter et survenir à un plus jeune âge. Ce mécanisme n’est toutefois pas encore parfaitement connu et à l’heure actuelle le scénario théorique exposé ici, bien que plausible, n’a encore pu être ni confirmé, ni démenti clairement.
Toutefois, si ce scénario théorique se confirme, un programme de vaccination contre la varicelle serait finalement plus dommageable que le statu quo d’un point de vue de santé publique, et ce durant plusieurs décennies.
Des programmes de vaccination des enfants contre la varicelle sont déjà en place dans quelques pays (aux Etats-Unis, en Australie et en Allemagne). Si le nombre de cas de zonas dans ces pays n’augmente pas, la vaccination contre la varicelle pourrait être envisagée en Belgique, ce qui entrainerait une chute rapide du nombre de cas de varicelle.
Vaccination des personnes de plus de 60 ans contre le zona : besoin de plus de données
Les coûts et bénéfices associés au nouveau vaccin contre le zona ont aussi été examinés. Le zona survient le plus souvent à un âge avancé. Il peut provoquer de fortes douleurs névralgiques qui peuvent parfois devenir chroniques.
Prof. Philippe Beutels : « Le vaccin réduit l’incidence du zona, mais on ne sait pas pour combien de temps. A partir de 60 ans, l’efficacité du vaccin se réduit fortement avec l’âge, et on n’est pas certain qu’il confère encore une quelconque protection chez les personnes de plus de 80 ans. Nous ne savons pas non plus si le vaccin a un effet positif sur les personnes dont l’immunité est déficiente. Enfin, les études scientifiques fournissent des résultats fort contradictoires quant à l’estimation de l’impact d’un zona sur la qualité de vie. »
Ces incertitudes ne permettent pas de tirer des conclusions claires sur les bénéfices de la vaccination contre le zona. Il est donc difficile pour le KCE de formuler une recommandation aux autorités quant au remboursement du vaccin à son prix actuel. Les résultats de l’étude coût-efficacité semblent bien indiquer qu’il est préférable de vacciner à 60 ans plutôt qu’à un âge plus avancé. Toutefois des études complémentaires sont nécessaires, entre autres pour avoir une meilleure estimation de la perte en qualité de vie due au zona. Quant aux autres données manquantes, il suffirait que les firmes pharmaceutiques acceptent de rendre publique les détails de leurs études cliniques.