Visiteurs médicaux indépendants: un changement de cap s’impose

  • Mars 29, 2010

A la demande de l’Agence Fédérale des Médicaments (AFMPS), le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a étudié l’impact des visiteurs médicaux indépendants et ce en collaboration avec les chercheurs de Spiral (ULG) et Medsat (Leuven). L’objectif de ces visites est d’offrir aux médecins généralistes une information scientifique indépendante. L’AFMPS a investi cette dernière année plus d’un million d’euros dans le projet. Le KCE n’a pu formuler de conclusion définitive au sujet de l’impact de l’initiative en Belgique, suite au manque de données disponibles. Le KCE recommande, si le projet est poursuivi, de mieux l’intégrer au sein des autres initiatives belges relatives à la qualité des soins. Par ailleurs il serait judicieux de mieux cibler le choix des sujets et le groupe de médecins qui recevront une visite. La méthode basée sur des contacts individuels devrait être complétée par d’autres moyens de communication. Enfin, un enregistrement correct de données couplé à leur évaluation est incontournable.

Les initiatives de visiteurs médicaux indépendants existent dans différents pays. Depuis plusieurs années, l’AFMPS subsidie l’asbl Farmaka, qui envoie chez les médecins généralistes des délégués indépendants (souvent médecins eux mêmes). Cette approche est inspirée par l’exemple de l’industrie pharmaceutique, qui depuis belle lurette envoie des délégués médicaux auprès de médecins. Ces visites sont apparemment rentables, vu les moyens importants consentis par l’industrie à cet effet. Dès lors, pourquoi ne pas utiliser ce véhicule pour offrir aux médecins un message scientifique indépendant, basé sur des données fiables ?

L’investissement de l’AFMPS dans cette initiative a dépassé le million d’euros en 2009: une somme élevée mais qui reste une bagatelle en comparaison avec les sommes que l’industrie investit annuellement dans ces visites. L’AFMPS a estimé que le moment était venu d ‘évaluer l’impact de cet investissement, d’où la question posée au KCE : les visiteurs indépendants changent-ils effectivement la pratique des médecins généralistes ?

Les chercheurs ont analysé 8 projets à l’étranger et la littérature scientifique. Il en ressort que les visiteurs indépendants ont un effet réel mais limité sur la pratique des médecins. Le niveau du rapport coût-efficacité n’a encore pu être mis en évidence.

Pour l’analyse de la situation belge, Farmaka a contacté environ 1500 médecins visités par ses soins. Finalement 126 participants (moins de 10%) ont accepté de donner leur avis au sujet du visiteur Farmaka dans le cadre de cette étude. Ce groupe n’est pas suffisamment représentatif pour pouvoir tirer des conclusions mais des observations intéressantes ont néanmoins pu être établies.

Une constatation surprenante est que de nombreux médecins généralistes ne se souvenaient plus de la visite. Les autres jugeaient qu’elle avait souvent un contenu très dense et scientifique. Ils reconnaissaient qu’elles constituent un contrepoids nécessaire par rapport aux visites de l’industrie pharmaceutique. Les médecins qui travaillent seuls dans leur pratique appréciaient en particulier la visite du délégué Farmaka qui les aide à briser leur isolement scientifique.

La visite a-t-elle changé leur pratique? Pour répondre à la question, l’étude a analysé l’effet d’une visite sur le thème du diabète. Comme souligné précédemment, le groupe des médecins généralistes n’était pas suffisamment représentatif pour permettre au KCE de tirer des conclusions définitives. De plus, les recommandations de Farmaka étaient déjà suivies dans quatre traitements sur cinq avant la visite. Après celle-ci, peu de changements ont généralement été apportés aux traitements.

Le KCE constate que l’initiative actuelle des visiteurs indépendants reste isolée par rapport aux autres initiatives belges relatives à la qualité des soins. Il estime donc qu’un changement de cap est nécessaire. Le choix des sujets devrait correspondre à des objectifs clairs en matière de qualité des soins, être en harmonie avec les feedbacks du Conseil National pour la Promotion de la Qualité et avec les centres d’intérêt des médecins.

Par ailleurs, les moyens limités disponibles devraient être utilisés de manière plus efficiente, par exemple en ciblant les médecins généralistes qui travaillent seuls, les leaders d’opinion en médecine générale, sans oublier les spécialistes souvent impliqués dans le traitement initial des mêmes patients.

Le KCE recommande également de ne pas se limiter aux contacts individuels mais de les compléter par d’autres moyens de communication. Enfin, l’éventuelle prolongation de cette initiative devrait être conditionnée par la mise en place d’un enregistrement correct des données et d’une évaluation sérieuse.

Le texte intégral de ces recommandations est disponible sur le site internet du KCE : http://kce.fgov.be (rubrique « publications ») sous la référence KCE reports vol. 125B.

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