Un nouveau check-up du système de santé belge

  • Janvier 11, 2016

 

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Le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) publie, comme tous les 3 ans, un « check-up » de notre système de santé, élaboré en collaboration avec l’INAMI et avec l’Institut Scientifique de Santé Publique (ISP).

À travers 106 indicateurs, portant sur la période 2008–2013, ce rapport dresse la liste des points forts et des points faibles du système, et indique aux décideurs politiques et aux responsables de notre système de santé où il serait judicieux de placer les priorités pour garder le système performant, voire l’améliorer. Cet exercice est réalisé dans beaucoup de pays européens, ce qui leur permet de se comparer et de se fixer des objectifs à atteindre pour s’aligner sur les meilleurs. 

De façon générale, les Belges sont satisfaits de leurs soins de santé, et 78 % s’estiment en bonne santé. Sur le plan de la qualité des soins, notre pays se situe dans la moyenne européenne. Toutefois, l’examen de l’ensemble des indicateurs livre un tableau plus nuancé et 34 signaux d’alarme ont été identifiés.

Comment se porte notre système de santé ?

En ce début d’année, nous avons coutume de nous souhaiter « une bonne santé » les uns les autres. Mais qui se soucie de la santé de…notre système de santé ? Traditionnellement, on dit de lui qu’il est « bon », mais qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Comment peut-on mesurer cela ? Un concept aussi vaste recouvre forcément de très multiples facettes. Mesurer chacune de ces facettes permet d’obtenir la vision globale qui se rapproche le plus de la « valeur » de notre système de santé. C’est à cette vaste tâche que s’attelle le projet récurrent « Performance du système de santé » mené en continu par 3 institutions fédérales, le KCE, l’INAMI et l’Institut Scientifique de Santé Publique (ISP). La troisième édition de cet exercice est publiée aujourd’hui.

À quoi sert-il de mesurer la performance de notre système de santé ?

L’objectif premier d’une évaluation de la performance du système de santé est de fournir une photographie régulièrement remise à jour de l’ensemble du système, pour aider les autorités à choisir leurs priorités dans l’orientation des politiques de santé. Cette photographie résulte de la mesure de 106 indicateurs portant sur 6 grands domaines : la promotion de la santé, les soins préventifs, les soins curatifs, les soins de santé mentale, les soins de longue durée et les soins autour de la fin de vie. Chacun de ces domaines est à son tour évalué à l’aune de cinq dimensions : la qualité, l’accessibilité, l’efficience (efficacité par rapport à l’investissement consenti), la soutenabilité et l’équité. Les données se basent sur la période 2008-2013, ce qui est un délai courant quand on utilise des bases de données administratives, mais qui ne permet pas de prendre en compte les derniers changements dans le système. Il reste néanmoins intéressant de voir l’évolution dans le temps des indicateurs, pour vérifier qu’une politique donnée a porté ses fruits, ou pour constater, au contraire, qu’une situation s’est détériorée depuis la dernière mesure.

Cet exercice est réalisé dans beaucoup de pays européens, ce qui permet d’établir des comparaisons entre pays et de se fixer des objectifs à atteindre pour s’aligner sur les meilleurs.

Des citoyens satisfaits mais…

Du point de vue du citoyen, le bilan est plutôt positif : une large part (78 %) de la population belge s’estime en bonne santé, un résultat supérieur à la moyenne des autres pays européens, et les Belges sont satisfaits de leurs soins de santé. Toutefois, l’examen de l’ensemble des indicateurs livre un tableau plus nuancé, avec 34 indicateurs sur 106 qui sont au rouge.

Notre système de santé peut être considéré comme accessible, grâce à notre assurance maladie, doublée de filets de sécurité sociaux pour les revenus les plus faibles (maximum à facturer, remboursement majoré des dépenses de santé). Néanmoins, il reste souvent un montant important à charge des patients : 18 % des dépenses de santé totales, ce qui est beaucoup en comparaison avec les autres pays d’Europe.

Une qualité dans la moyenne

La plupart des résultats relatifs à la qualité des soins se situent dans la moyenne des autres pays européens avec toutefois quelques points noirs comme par exemple les trop fréquentes prescriptions d’antibiotiques. Par contre, on note des améliorations au niveau de la coordination des soins aux patients cancéreux et aux patients diabétiques.

Dans les maisons de repos ou maisons de repos et de soins, les résultats sont mitigés : si par exemple on peut se féliciter que les escarres soient relativement peu nombreuses, il reste difficile pour les personnes âgées qui y résident d’avoir accès à la médecine spécialisée (p.ex. un ophtalmologue pour le suivi des patients diabétiques). Le nombre de personnes âgées recevant plus de 5 médicaments par jour est élevé.

En ce qui concerne l’accessibilité et la qualité des soins en fin de vie, le recours aux soins palliatifs progresse et le recours à des traitements agressifs est relativement faible. L’hôpital demeure toutefois le lieu de décès le plus fréquent, alors que ce n’est pas le souhait de la majorité des gens.

Prévention : peut mieux faire

Les objectifs de prévention (qui sont fixés à l’échelon international) ne sont pas toujours atteints : par exemple, la couverture vaccinale chez les jeunes reste parfois inférieure aux recommandations (p.ex. la rougeole chez les adolescents) et la vaccination contre la grippe est même en recul chez les personnes âgées. Quant au dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus, il est insuffisant.

En matière de promotion de la santé, les résultats sont peu glorieux : stagnation de l’obésité chez les adultes, tabagisme toujours élevé, faible taux d’activité physique, consommation d’alcool à risque (binge drinking) chez les jeunes hommes. De plus, de façon générale, de nombreuses inégalités socio-économiques subsistent dans ce domaine, avec notamment un déficit de compréhension des messages de santé (littéracie en santé) dans la population.

Quelques signaux d’alarme en santé mentale

Certains indicateurs touchant à la santé mentale et aux soins psychiatriques sont inquiétants : le taux de suicide reste élevé, les hospitalisations psychiatriques continuent à progresser, et la prise d’antidépresseurs augmente. S’ajoutent à cela de longs délais d’attente pour le 1e contact avec un centre de santé mentale, ce qui pose la question de l’accessibilité de ces services.

Le système devient plus efficient, même si il reste des efforts à faire

Sur le plan budgétaire, l’efficience de notre système de santé s’améliore comme le suggère l’augmentation du recours aux médicaments génériques et moins chers, la diminution des hospitalisations classiques (au moins une nuit) au profit de la chirurgie de jour et la réduction de la durée du séjour après un accouchement normal. Toutefois, on déplore encore la surutilisation de certains examens ou équipements (en radiologie par exemple) et de grandes variations entre hôpitaux pour certaines interventions (les césariennes par exemple).

Les dépenses de santé totales représentent 10,2 % de notre produit intérieur brut. Ces chiffres sont légèrement supérieurs à la moyenne européenne. Par rapport à 2011, ces dépenses sont restées inchangées en 2012 et 2013.

La disponibilité des médecins généralistes et des infirmiers est à surveiller de près

Enfin, les indicateurs concernant la disponibilité actuelle de médecins généralistes et d’infirmiers/infirmières mettent en question  la capacité du système à répondre aux besoins de santé futurs liés au vieillissement de la population. La proportion de nouveaux médecins généralistes diplômés dans l’ensemble des spécialités médicales n’atteint pas les quotas fixés par la Commission de Planification, même si la situation s’est améliorée ces dernières années.  De plus, bien que le nombre de diplômés en sciences infirmières ait augmenté ces dernières années, le nombre d’offres d’emploi difficiles à pourvoir pour des infirmiers reste important, et le nombre d’infirmiers par patient dans nos hôpitaux reste plus faible qu’à l’étranger.

Formuler des objectifs d’amélioration pour la Belgique

Ce rapport, qui rend compte de la situation actuelle, a pour objectif final l’amélioration tangible de la performance. Les décideurs politiques et les responsables de notre système de santé devraient donc fixer des objectifs mesurables en tenant compte des points d’attention que le rapport met en avant.

Une initiative européenne

Cette mesure de la performance fait suite et élargit le champ des deux premiers rapports KCE-INAMI-ISP publiés en 2010 (rapport KCE n° 128) et en 2012 (rapports KCE n° 196). Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Charte de Tallinn, signée en 2008 par tous les pays européens. À travers cette charte, les pays européens se sont engagés à mesurer et évaluer régulièrement la performance de leur système de santé.

 

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