Oxygénothérapie hyperbare : plus que du vent ?

  • Mars 19, 2008

La thérapie par oxygénation hyperbare est une technique utilisée déjà depuis des décennies. En Belgique, elle est employée dans une dizaine d’indications parmi lesquelles l’intoxication au monoxyde de carbone, des troubles aigus de l’audition et des problèmes de cicatrisation. Et pourtant, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) en arrive au constat que pour la plupart des indications, il y a peu de preuves scientifiques de l’efficacité de cette technique. L’assurance maladie obligatoire rembourse actuellement un traitement limité à deux jours mais est sollicitée pour élargir son intervention.

La thérapie par oxygénation hyperbare ou HBOT (Hyperbaric Oxygenation Therapy) consiste à placer le patient dans un caisson à des pressions supérieures à la pression atmosphérique et à lui administrer de l’oxygène. Une application bien connue est celle du traitement des accidents de plongée. Lorsqu’un plongeur remonte trop vite à la surface, il peut se former des poches de gaz très douloureuses dans ses tissus. Dans les cas extrêmes cela peut se révéler mortel. C’est la maladie du caisson. Le traitement HBOT va rétablir le plus rapidement possible à l’intérieur du caisson, la pression que subissait le plongeur au fond de l’eau et puis va faire diminuer cette pression graduellement de façon à résorber les poches. Ce traitement était déjà appliqué au 19ième siècle.

L’HBOT a été utilisé dans plus d’une centaine d’indications dont une dizaine sont encore d’application en Belgique. Parmi celles ci, l’intoxication au monoxyde de carbone, des troubles aigus de l’audition, des problèmes de cicatrisation difficile chez les patients diabétiques et des lésions de tissus après radiothérapie. Douze centres sont équipés d’un caisson hyperbare en Belgique; 10 dans des hôpitaux généraux et 2 centres militaires. Comparativement aux pays voisins, notre capacité installée est relativement élevée.

On pourrait s’attendre à ce que l’efficacité de cette thérapie soit prouvée scientifiquement depuis longtemps, mais c’est là que le bât blesse. Pour certaines affections, il n’existe absolument aucune étude scientifique. Pour d’autres, comme le pied diabétique, les troubles aigus de l’audition et les lésions de tissus après radiothérapie, il en existe mais de qualité médiocre. L’HBOT en cas d’intoxication au monoxyde de carbone ne semble pas plus efficace que l’administration d’oxygène à pression normale pour réduire les séquelles neurologiques à long terme. Pour les effets à court terme, il n’y a aucune donnée. Pour les accidents de plongée, il y a des preuves historiques que le traitement en caisson est efficace mais on ne sait pas très bien si l’administration d’oxygène apporte vraiment un plus.

Et la sécurité ? Elle ne semble pas poser de problème. Les rares effets secondaires sont limités et réversibles. Pour les éviter, il faut soigneusement sélectionner les patients.

Il est prévu actuellement un remboursement de l’assurance maladie limité aux deux premiers jours, indépendamment du nombre total de séances. Les coûts pour la collectivité sont dès lors limités: 83.000 euros en 2006 pour environ 1.400 séances. En ce qui concerne les séances supplémentaires non remboursées par l’INAMI, il semble y avoir des différences d’attitude selon les centres. Certains ne comptent rien au patient, d’autres demandent 20 à 30 euros par séance supplémentaire ou un forfait de 200 euros pour plus de 5 séances. En 2006, les centres ont administré plus de 16.000 séances à environ 2.000 patients. Environ un tiers d’entre eux ont été traités dans le cadre d’une intoxication au monoxyde de carbone.

Certains centres ont récemment demandé à l’INAMI d’élargir les conditions de remboursement dans certaines indications, en allant de 3 séances pour l’intoxication au monoxyde de carbone jusqu’à 40 séances pour le pied diabétique. Le KCE estime qu’il y a trop peu de preuves scientifiques pour accéder à cette demande. Il conviendrait de lancer des essais randomisés contrôlés pour évaluer l’efficacité et le coût des traitements HBOT. Il est souvent difficile d’obtenir des fonds pour de telles recherches. Un financement sous condition pourrait encourager la recherche. Alors seulement, il serait possible de décider s’il est opportun de rembourser l’HBOT et dans quels cas.

Le texte intégral de ces recommandations est disponible sur le site internet du KCE : www.kce.fgov.be (rubrique « publications ») sous la référence KCE Reports vol 74B.

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