Lorsque l’industrie pharmaceutique s’adresse par écrit aux médecins : beaucoup de publicité et peu de science

  • juin 29, 2007

Le  Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a étudié, à la demande de l’INAMI, la qualité des informations écrites transmises par l’industrie pharmaceutique aux médecins. Il en ressort qu’une minorité des messages (17 %, soit 1 sur 6) est basée sur des preuves scientifiquement établies ou fait référence à la notice du produit. Les médecins sont dès lors loin de considérer ces messages comme une source fiable. Cette étude a été réalisée en collaboration avec les associations scientifiques de médecins généralistes du Nord (Domus Medica) et du Sud du pays (SSMG).

Les médecins, les pharmaciens et les autres dispensateurs de soins sont inondés d’informations provenant de l’industrie pharmaceutique et diffusées sous forme de brochures, de lettres et d’annonces dans les magazines et les journaux spécialisés, … Celles-ci sont majoritairement acheminées par la poste, mais aussi par les délégués pharmaceutiques et au cours des sessions de formation continue. Ce sont les médecins généralistes qui constituent la cible de prédilection de cette information : l’étude a mis en évidence qu’ils sont confrontés à 450 annonces par mois.

La plupart de ces documents contiennent une information sommaire : le nom du médicament tout seul, un slogan ou encore une image destinée à émouvoir. Dix-sept pour cent seulement de l’information se base sur des preuves scientifiquement établies ou sur la notice du produit. Le reste consiste en des informations vagues ou non fondées scientifiquement. Parfois même (dans 2 % des cas) le message est erroné et en contradiction avec les données scientifiquement établies. La manière de présenter l’information ne permet pas toujours de faire clairement la différence entre une publicité et une information indépendante.

La nécessité de disposer d’une information indépendante ressort des interviews menées auprès de médecins généralistes.  Le  Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique (CBIP) est réputé comme la source la plus fiable. Les médecins généralistes ont un rapport ambigu avec le secteur pharmaceutique : ils ont besoin de sa collaboration pour obtenir des informations pratiques au sujet des nouveautés, tout autant que pour le sponsoring de leurs séances de formation continue. Cependant, ils ont conscience d’être parfois manipulés. Ainsi, à propos d’une information sur les antibiotiques : les indications proposées pour le médicament étaient beaucoup plus larges que celles où sa prescription était justifiée scientifiquement.

Le KCE émet des recommandations constructives à destination des acteurs concernés, afin de garantir aux médecins une information plus fiable et plus cohérente. Il conviendrait que l’industrie pharmaceutique développe son propre contrôle de qualité (comme cela se fait d’ailleurs dans d’autres pays), que les pouvoirs publics instaurent un contrôle proactif de l’information concernant les médicaments, que l’information provenant des sources indépendantes soit mise plus vite à disposition des médecins et que la formation des médecins comprenne l’apprentissage des techniques d’analyse critique des informations. Enfin, le lien étroit entre l’industrie pharmaceutique et la formation continue officielle des médecins devrait être remis en question.

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