Leucoréduction : la sécurité des transfusions sanguines n'a pas de prix, mais elle a un coût

  • Octobre 21, 2004

Le sang est constitué de globules rouges et blancs, de plaquettes et de plasma. En cas de transfusion sanguine, les globules blancs amènent plus d'inconvénients que d'avantages. La déleucocytation, la leucoréduction ou la leucodéplétion sont des synonymes utilisés pour dénommer une technique de filtration qui élimine 99,99% des globules blancs. Transfuser du sang ne contenant pas de globules blancs est mieux, mais coûte 37% de plus que transfuser du sang non filtré. Il est raisonnable de consentir ces coûts pour des patients qui courent un risque élevé de réactions transfusionnelles négatives. Il est plus difficile de justifier ce surcoût pour des patients qui courent peu de risques d'accidents transfusionnels. C'est pourquoi, la Croix Rouge de Belgique applique une politique sélective : le sang filtré est réservé au groupe à haut risque.

La Grande Bretagne a décidé en 1999 de filtrer systématiquement le sang destiné aux transfusions. Cette décision se basait sur la crainte de la maladie dite de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine, ESB). Les premiers cas de cette nouvelle maladie, mortelle pour l'homme (variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, vMCJ) ont été signalés en 1995. Cette maladie est vraisemblablement causée par la même protéine (dénommée prion) que l'ESB. On supposait que ce prion pouvait être transmis par les transfusions sanguines. Personne à l'époque ne pouvait évaluer quelle importance l'épidémie pourrait prendre. La décision de filtrer le sang dans l'espoir d'en éliminer les prions, était donc une saine mesure de précaution. En 2004, on sait que l'épidémie d'ESB, tout comme celle du vMCJ, est limitée à la Grande Bretagne. Toutefois, l'opinion publique exige l'absence complète de tout risque, ce qui est impossible à atteindre en ce qui concerne les produits humains vivants. Les banques de sang doivent, suivant la législation européenne, prendre toutes les mesures de précaution disponibles. La sécurité des transfusions sanguines est déjà élevée en Belgique, grâce au don gratuit réalisé par des volontaires sains et à un contrôle de qualité sévère. L'industrie développe continuellement de nouvelles techniques en exploitant la notion de mesure de précaution. Le risque existe de voir le sang au départ déjà très sain et gratuit devenir hors de prix à cause de la multiplication de mesures de protection superflues et coûteuses.

Il est difficile pour la banque de sang belge, d'éviter la déleucocytation universelle. La législation européenne laisse peu de place à l'interprétation et les pays avoisinants ont déjà généralisé cette mesure. En cas d'accident, aussi peu vraisemblable que soit cette hypothèse, la Croix Rouge pourrait être rendue responsable. L'utilisation de sang filtré dans tous les cas revient plus cher, mais est qualitativement plus favorable. La fin de la distinction entre sang filtré et non filtré simplifiera les problèmes logistiques. Toutefois, l'introduction de cette mesure ne résoudra pas le problème de société. Une application raisonnable du principe de précaution en terme de sécurité optimale des transfusions sanguines, impose que les mesures de prudence soient proportionnelles aux objectifs. Pour éviter des mesures disproportionnées à l'avenir, il est nécessaire de mieux informer l'opinion publique au sujet des risques réels des transfusions sanguines (dans notre pays). La loi devrait mieux définir la notion de principe de précaution, de manière à ce que les mesures de précaution soient introduites, non pas parce qu'elles sont commercialisées, mais parce qu'elles répondent à un réel objectif de santé publique.

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