Les soins médicaux à distance sont de plus en plus répandus, mais nous ne sommes pas prêts

  • Septembre 27, 2010

Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) jette un regard critique sur une nouvelle technique: la délivrance de soins de santé à distance. A titre d’exemple, la surveillance à distance des patients porteurs d’un défibrillateur cardiaque implantable a été étudiée. La valeur ajoutée et la sécurité de cette technique ne sont, à ce jour, pas encore démontrées. Le KCE ne recommande dès lors pas encore son remboursement. Cette position pourrait cependant être révisée si les études en cours s’avéraient probantes. Cela n’empêche pas qu’une réflexion sur le remboursement et l’encadrement juridique de cette technique soit indispensable dès à présent.

Les soins médicaux à distance sont à nos portes : surveillance du taux de sucre dans le sang chez les patients diabétiques, de la concentration en oxygène chez les patients souffrant d’une maladie pulmonaire, du rythme du cœur chez les patients cardiaques, … Les données sont envoyées au médecin qui peut intervenir en cas de problème. Finis les déplacements inutiles ou les reports de rendez-vous… Fantastique à première vue, mais est ce vraiment le cas ?

A travers un exemple concret – la surveillance à distance des patients porteurs d’un défibrillateur cardiaque implantable (DCI) – le KCE a passé à la loupe, d’un œil critique, cette nouvelle façon de dispenser les soins.

Un DCI: qu’est ce que c’est?
Les DCI sont implantés chez des personnes présentant un risque élevé de mort cardiaque subite. Lorsque l’appareil détecte un trouble du rythme cardiaque mettant en jeu la vie de la personne, il déclenche automatiquement un choc électrique interne afin de rétablir un rythme régulier. L’état de santé du patient et le fonctionnement de l’appareil doivent régulièrement être contrôlés. Certains hôpitaux organisent déjà ce contrôle à distance. Les données de l’appareil sont envoyées via une ligne téléphonique fixe ou mobile vers une centrale de données. Via un accès sécurisé, le médecin traitant peut contrôler les données de l’appareil.

Valeur ajoutée pour la santé et la qualité de vie pas encore démontrée
A ce jour, l’insuffisance de données ne permet pas de recommander la surveillance médicale à distance des défibrillateurs. Si les patients sont à faible risque, la sécurité semble assurée mais il n’est pas clair que la technique apporte une valeur ajoutée pour leur santé et leur qualité de vie. Pour l’heure, ce sont les fabricants qui prennent en charge le coût de l’appareillage, dans le cadre de leur politique de marketing. L'assurance maladie n’intervient pas non plus pour le suivi médical car la prestation de soin ne cadre pas avec l'image classique du patient en consultation chez son médecin. En l’occurrence, le KCE ne recommande pas de remboursement non plus.

Réflexion sur le financement ...
À l'heure actuelle, plusieurs études à grande échelle sont en cours et pourraient peut-être démontrer un bénéfice sur la santé, la sécurité et la qualité de vie des patients. Si tel est le cas, un remboursement conditionnel pourrait être envisagé moyennant la mise en place d’un système d'enregistrement strict et une réévaluation de la situation après quelques années.

... et au sujet des directives juridiques et cliniques
Dans le domaine juridique aussi, il reste du pain sur la planche. Les soins à distance engendrent de nouvelles questions sur la protection des données à caractère personnel, les droits des patients et la responsabilité du médecin et du fabricant. Par conséquent, des lignes directrices spécifiques devraient être développées permettant l’interprétation et l’application de la législation existante.

Des directives cliniques pour les médecins sont également nécessaires afin de leur fournir davantage de soutien. Autrement, la surveillance à distance risque de ne pas répondre aux attentes de diminution du nombre de consultations et ce, pour éviter d’être tenu responsable en cas de problème. Cela annihilerait un des avantages attendus de la technique.

Quoi qu'il en soit, cette technique se développe et une révision des modes de financement ainsi qu’une clarification du cadre juridique pour ce type de soins seront nécessaires.

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