Les appareils portables pour mesurer la coagulation du sang : une plus-value quand le patient l’utilise lui-même

  • Novembre 12, 2009

Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a évalué l’utilité des appareils portables permettant de mesurer la coagulation du sang. Quand les patients peuvent réaliser eux-mêmes le test, on note une diminution des accidents thromboemboliques. Et quand, en sus, ils peuvent adapter eux-mêmes la dose de leur médicament, on note en plus une réduction de la mortalité. Cette façon de mesurer le test réduit les coûts pour le patient (en cas de remboursement par l’INAMI) et pour la collectivité, mais le nombre de patients capables de se tester eux-mêmes est probablement limité. Le KCE recommande d’envisager le remboursement en cas d’utilisation par le patient. Les preuves ne sont actuellement pas suffisantes pour recommander l’utilisation des appareils par les généralistes et les cliniques de l’anticoagulation.

En Belgique, plus de 100.000 personnes prennent des médicaments anticoagulants, le plus souvent durant de très longues périodes voire durant la vie entière. Il s’agit de personnes qui ont un risque élevé de thrombose ou d’embolie ou souffrant de certaines affections cardiaques. Le traitement augmente leur espérance de vie et réduit le risque de former des caillots.

L’alimentation et la prise simultanée d’autres médicaments peuvent influencer le résultat de l’anticoagulation. C’est pourquoi la dose du médicament doit régulièrement être adaptée. Habituellement, une prise de sang est réalisée par le médecin généraliste au moins une fois par mois. L’échantillon de sang du patient est envoyé dans un laboratoire, qui, après analyse, transmet le résultat du test de coagulation au médecin généraliste. Celui-ci adapte alors la dose si c’est nécessaire.

Il existe actuellement des appareils portables permettant un dosage là où se trouve le patient (d’où leur appellation anglo-saxonne de “point-of-care” ou POC). La valeur de l’anticoagulation peut dès lors être déterminée immédiatement à l’aide d’une goutte de sang, sans avoir recours au laboratoire et avec moins de douleur et de désagréments. Le patient peut utiliser l’appareil à la maison et adapter lui-même la dose (autogestion) ou laisser adapter la dose par un professionnel de santé (automesure). L’appareil peut également être utilisé par un médecin généraliste ou en clinique de l’anticoagulation. Un appareil POC coûte environ 1000 euros. Il n’est actuellement pas remboursé par l’INAMI.

Des complications et une mortalité réduites en cas d’autogestion par le patient
Le KCE constate que l’autogestion par le patient réduit le nombre d’accidents thrombo-emboliques et la mortalité. Il n’y a cependant qu’un nombre limité de patients qui pourront utiliser cette méthode nécessitant des aptitudes physiques et cognitives. Ce nombre a été estimé à 14% des patients sous anticoagulants au Royaume Uni et à 24% au Canada. L’auto-mesure sans autogestion, diminue également le nombre d’accidents thrombo-emboliques mais pas la mortalité. L’utilisation par le patient (surtout en cas d’autogestion) est moins chère que les soins classiques pour le patient (en cas de remboursement par l’INAMI) et pour la communauté. Pour ces 2 modes d'utilisation, les économies seront cependant moindres si le patient maintient ses visites chez le médecin généraliste, tout en disposant d’un appareil.

Pas de preuves actuellement en cas d’utilisation par un professionnel de santé
Il n’est actuellement pas prouvé que l’utilisation d’un appareil portable par un généraliste ou en clinique de l’anticoagulation influence le nombre d’accidents thrombo-emboliques ou la mortalité des patients. Dans ces situations, les coûts dépendent du nombre de patients suivis, du nombre de tests réalisés par patient, etc.

Recommandations du KCE
Le KCE recommande dès lors d'orienter l’organisation du suivi de l’anticoagulation vers l’autogestion par le patient lorsque c'est possible ou vers l’auto-mesure. Il conseille, dans ces deux situations, d’envisager le remboursement de la formation du patient, de l’appareil, des tigettes, des contrôles de qualité de l’appareil et des avis d’un professionnel de santé.

Le KCE recommande également de démarrer une étude pilote. Cette étude permettrait de préciser les critères à envisager pour la sélection et la formation des patients dans le cadre de l’autogestion ou l’automesure. Elle permettrait également d’évaluer les coûts réels. Le patient devrait de toute façon être sélectionné sur base volontaire et une formation devrait être obligatoire. Une assistance devrait être disponible pour la résolution des problèmes et pour l’adaptation des doses. Un contrôle de qualité des appareils est nécessaire.

En ce qui concerne l’utilisation des appareils POC par un généraliste ou en clinique de l’anticoagulation, les preuves ne sont actuellement pas suffisantes pour la recommander.

Ces recommandations devraient être revues si les nouveaux anticoagulants en cours de développement et ne nécessitant plus de contrôles, deviennent un traitement de référence pour ces patients.

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