L’acupuncture fait-elle mouche ?

  • avril 27, 2011

Plus d’un belge sur 3 a consulté au moins une fois dans sa vie un ostéopathe, un chiropracteur, un homéopathe ou un acupuncteur. Dans le cadre de la poursuite de la mise en exécution de la loi Colla, la ministre de la santé publique a demandé au Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) de réaliser un état des lieux de ces 4 médecines non-conventionnelles à succès. Dans un premier rapport (décembre 2010) le KCE s’est penché sur l’étude de l’ostéopathie et de la chiropraxie. Cette fois, c’est au tour de l’acupuncture. Cette thérapie a été étudiée d’un point de vue scientifique, sociologique, juridique et organisationnel, une première en Belgique !

Environ 600 acupuncteurs en Belgique sont membres d’une des quatre organisations professionnelles. La majorité d’entre eux (65%) sont kinésithérapeutes ou infirmier(ères) de formation, un tiers (32%) est médecin.

Pendant l’année qui a précédé l’enquête, 3% des répondants avaient consulté un acupuncteur, généralement plus d’une fois, et avaient consulté également un ostéopathe et/ou un homéopathe, Les motifs de consultation étaient principalement des douleurs chroniques, souvent liées au stress : mal de nuque, mal de dos, mal de tête et insomnies. Problèmes pour lesquels la médecine classique n’offre que des solutions dont l’efficacité est limitée. Seuls les symptômes sont traités et le traitement provoque parfois des effets secondaires.

La plupart des patients ne rejettent pas la médecine classique. Ils utilisent les thérapies alternatives de façon complémentaire. Une majorité de médecins-acupuncteurs (70%) combinent d’ailleurs acupuncture et médecine classique.

Preuves limitées d’efficacité
Un petit nombre d’études scientifiques de qualité indiquent que l’acupuncture soulage de manière limitée la douleur à court terme entre autres les douleurs du bas du dos. Mais il est probable que l’effet placebo joue un rôle considérable en acupuncture, surtout si les attentes des patients sont importantes lorsqu’ils consultent. Les preuves liées à l’ «acupuncture simulée», dans laquelle les aiguilles sont placées à des endroits arbitraires, indiquent un effet comparable à celui de l’acupuncture. Ce qui voudrait dire que le placement des aiguilles à des endroits précis du corps n’a pas d’importance.

En ce qui concerne les autres indications, il n’est pas prouvé que l’acupuncture soit efficace. Ce pourquoi le KCE ne recommande pas de remboursement par l’assurance maladie.

Beaucoup de patients interviewés reconnaissent que le traitement n’est pas toujours efficace. Néanmoins la satisfaction de la plupart d’entre eux est très élevée, mais celle-ci est plutôt liée à la bonne relation avec le thérapeute et à l’effet relaxant de la consultation qu’aux résultats du traitement.

Sécurité du patient insuffisamment garantie
Suite au traitement, de petits effets secondaires peuvent être observés comme des hématomes, des irritations, des rougeurs, des insomnies, de la douleur, des saignements, une tensions artérielle plus élevée, etc. Plus sérieux, des cas de pneumothorax, de perforation du cœur, de paralysie et de septicémie ont été signalés. Le risque d’infection lié à l’usage d’aiguilles a fortement diminué depuis que des aiguilles jetables sont utilisées. Il convient néanmoins de continuer à veiller de façon stricte à la stérilité des aiguilles. Le KCE n’a pas eu de données quant au nombre de complications et recommande de ce fait un enregistrement de celles-ci.

La formation en acupuncture met l’accent sur la médecine traditionnelle chinoise qui n’a pas de fondements scientifiques. Le fait de pouvoir poser un diagnostic médical n’est pas enseigné. Il y a donc un risque que les thérapeutes non-médecins posent un mauvais diagnostic ou qu’ils réfèrent trop tard leur patient en vue d’une prise en charge médicale classique.

Etant donné que seuls les médecins sont compétents pour poser un diagnostic, le KCE recommande que l’acupuncture ne soit pratiquée que sur prescription médicale. La pratique de l’acupuncture devrait également être limitée aux médecins, aux kinésithérapeutes, aux infirmier(-ière)s et aux sages-femmes. A l’heure actuelle, d’autres professions ayant une formation paramédicale peuvent également obtenir un diplôme d’acupuncteur.

La plupart des acupuncteurs suivent une formation en Belgique. Aucune école n’est actuellement officiellement reconnue et aucune formation n’est contrôlée par une instance officielle belge. Dans l’intérêt de la sécurité des patients, le KCE recommande un contrôle et un agrément des formations. Il souhaite aussi que l’on insiste davantage sur la reconnaissance des symptômes durant la formation.

La loi Colla visant la protection des patients n’est pas encore exécutée
La législation belge prévoit que seuls les médecins ont le droit de poser un diagnostic et d’effectuer un traitement. Les acupuncteurs qui ne sont pas médecins (soit 68%) travaillent donc dans l’illégalité tant que la Loi Colla publiée en 1999 n’est pas totalement exécutée. En attendant, les patients n’ont pas de garantie officielle de qualité ni de sécurité.

La loi Colla prévoit deux types d’enregistrement: un pour les médecines non conventionnelles et l’autre pour chaque thérapeute. Le KCE recommande que seuls les thérapeutes qui ont suivi une formation reconnue puissent être enregistrés. L’enregistrement des thérapeutes ne devrait pas dépendre d’une affiliation à une union professionnelle.

Qu’est-ce que l’acupuncture?

L’acupuncture est une thérapie d’origine chinoise qui s’est installée en Belgique durant la deuxième moitié du 20ème siècle. Elle présuppose que les problèmes de santé sont dus à une perturbation énergétique qui se manifeste dans le corps. Après un long entretien, le thérapeute dresse un « bilan énergétique » et identifie la région du corps dans laquelle se situe le problème. Grâce à l’insertion d’aiguilles dans la peau, des points d’acupuncture par où passe l’énergie sont stimulés afin de rétablir l’équilibre. Durant le traitement, le patient demeure couché et immobile pendant 20 à 30 minutes. Afin de créer une atmosphère relaxante, de la musique, un éclairage tamisé et de l’encens sont souvent utilisés.

Il existe d’autres techniques proches de l’acupuncture : la moxibustion (combustion de feuilles d’armoise séchées à la place des aiguilles), l’acupression, l’auriculothérapie, etc.

 

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