En attendant un cadastre professionnel des sages-femmes, un état des lieux de la profession

  • Décembre 19, 2016

La Commission de Planification de l’offre médicale publiera en 2017 un cadastre des sages-femmes actives et une analyse de l’évolution prévisible des besoins relatifs à cette profession. Pour préparer cet exercice, le Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) a analysé les données existantes au sujet de la formation des sages-femmes en Belgique et de leur situation d’emploi actuelle. En 2015, plus de 10.000 sages-femmes étaient enregistrées dans notre pays, principalement actives dans les hôpitaux. Mais les évolutions à prévoir dans l’occupation de ce groupe professionnel font l’objet de bien des incertitudes : comment s’organiseront les soins à domicile suite au raccourcissement des durées de séjour en maternité ? Observera-t-on à l’avenir davantage de grossesses à risque qui nécessiteront un suivi par un médecin ? Les gynécologues-obstétriciens délégueront-ils davantage de tâches vers les sages-femmes ? Ou les sages-femmes vers d’autres professionnels ‘de support’ ? Le KCE conclut son rapport par une série de recommandations de portée plus générale qui pourront aussi être utiles aux exercices de planification d’autres professions de santé.

Préparer le prochain exercice de planification
La Commission de Planification de l’offre médicale du Service Public Fédéral de la Santé Publique est chargée de l’évaluation des besoins en ressources humaines pour les professions de santé. Elle a déjà évalué, parfois à plusieurs reprises, les besoins en médecins, dentistes, kinésithérapeutes et infirmiers. Les sages-femmes représentent le prochain groupe professionnel sur cette liste, avec la publication prévue en 2017 d’un cadastre des sages-femmes actives et une analyse de l’évolution prévisible des besoins et des effectifs.

La Commission de Planification a demandé au KCE de lui apporter son soutien dans les étapes préparatoires à cet exercice de planification. Plus précisément, le KCE a été chargé d’analyser l’organisation et le volume de formation des sages-femmes en Belgique et de décrire leur situation d’emploi actuelle. Le rapport analyse également l’organisation de la profession de sage-femme dans trois autres pays européens, choisis pour leurs modèles d’organisation des soins dans la période post-natale (Suède, Royaume-Uni et Pays-Bas).

Une certaine asymétrie dans les formations au nord et au sud du pays
En ce qui concerne la formation, le KCE a rassemblé les données existantes relatives aux étudiants inscrits en première année, ainsi qu’au nombre de diplômés en fin de cycle. Il souligne l’existence d’une asymétrie dans la durée des études entre les deux communautés (3 ans en Communauté flamande et 4 ans en Communauté française), ce qui aura une répercussion sur les projections qui seront faites au niveau fédéral.
Il faut aussi prendre en compte le fait que plus de 50% des diplômés en Communauté française proviennent d’écoles secondaires situées en dehors de la Belgique (principalement en France) et que l’on ne sait pas dans quelle mesure ces diplômés retourneront ensuite dans leur pays d’origine ou intègreront la force de travail en Belgique.

Les sages-femmes travaillent principalement à l’hôpital
Fin 2015, la Commission de planification a recensé en Belgique 10.440 sages-femmes en droit d’exercer, dont presque 68% résident en Flandre, 25% en Wallonie et un peu plus de 7% à Bruxelles.
Le rapport KCE a analysé ces chiffres plus en détail. En 2014, 4761 sages-femmes travaillaient à l’hôpital (soit 3001 ETP), dont 80% en maternité, 10% en néonatologie et 10% dans d’autres services hospitaliers.
D’autres activités salariées sont enregistrées dans les secteurs des soins ambulatoires, de l’enseignement en écoles secondaires et hautes écoles (415,5 ETP en Communauté flamande et 157,6 ETP en Communauté française - chiffres 2015), de la prévention (47,5 ETP à l’ONE et 120 ETP chez Kind en Gezin - chiffres 2015), de l’aide à la procréation médicalement assistée, ou encore dans d’autre secteurs non liés aux soins (firmes pharmaceutiques), voire non liés à la santé en général.
Les travaux de la Commission de Planification en 2017 devraient permettre d’obtenir les chiffres relatifs aux pratiques indépendantes et en maison médicale, ainsi que de déterminer dans quelle mesure les sages-femmes combinent plusieurs activités professionnelles.

Des défis spécifiques à la planification des sages-femmes
Plusieurs défis spécifiques aux projections futures de la profession de sage-femme ont été relevés. Outre l’asymétrie dans la formation déjà mentionnée, il faudra prendre en compte une disposition mettant fin, à partir de 2018, au droit des sages-femmes à exercer l’art infirmier dans son ensemble, ce qui rétrécira leur champ d’activités en milieu hospitalier.

Par ailleurs, pour nourrir un modèle de projection de la force de travail, il sera nécessaire d’affiner les données relatives aux éventuelles évolutions d’autres facteurs comme l’aménagement des fins de carrière et l’âge légal de la pension.

Beaucoup d’incertitudes autour des besoins à venir
Mais les principales incertitudes résident sans aucun doute dans les évolutions de la demande, qui ne peuvent pas être simplement extrapolées à partir des données démographiques. En effet, la tendance aux retours à domicile plus précoces de la mère et de l’enfant après l’accouchement aura un impact difficilement prévisible sur les besoins en sages-femmes. Les projets pilotes en cours sur ce thème devraient livrer leurs premiers résultats dès 2018. Les options d’organisation du postpartum qui seront alors choisies – ambulatoires ou hospitalo-centrées – nécessiteront un nombre plus ou moins important de sages-femmes.
D’autres éléments, à l’inverse, pourraient diminuer la demande, comme l’augmentation potentielle des grossesses à risque devant être suivies par des médecins (mères plus âgées, augmentation du nombre de futures mères diabétiques, etc.).
Dans le cadre de cette transformation du système de prise en charge, une réflexion sur la délégation de tâches des gynécologues-obstétriciens vers les sages-femmes ou des sages-femmes vers d’autres professions à créer (par ex : assistante maternelle ou autres professionnels de support) devra être entamée.

Des recommandations qui peuvent aussi servir à d’autres exercices de planification
À cette analyse, le KCE a ajouté une série de recommandations méthodologiques de portée plus générale qui pourront aussi être utiles aux exercices de planification d’autres professions de santé : améliorer la récolte de données relatives à l’offre et à la demande ; assurer la coordination entre niveaux de compétences lors de l’enregistrement de données nécessaires à la planification; renforcer la génération de scénarios de projection en y impliquant les professionnels de terrain dans une approche bottom-up (horizon scanning) ; analyser l’impact des politiques de planification mises en place sur l’organisation et la consommation de soins ; planifier simultanément des professions de santé entre lesquelles une délégation des tâches est possible ou souhaitable ; procéder annuellement à une analyse post-hoc du modèle de projection et examiner les déviations par rapport aux prévisions.

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