Burnout des médecins généralistes : quelles solutions ?

  • Octobre 10, 2010

Le nombre exact de médecins généralistes en burnout en Belgique est inconnu, mais ce qui est certain c’est que le problème n’est pas rare. Les médecins généralistes endossent souvent il est vrai une lourde charge de travail, et les patients sont devenus plus exigeants. Or les médecins ne sont pas enclins à consulter rapidement eux-mêmes un médecin avec le risque que leur burnout porte indirectement atteinte à la santé de leurs patients.

Le Centre fédéral d’Expertise des soins de santé (KCE) a établi, en collaboration avec des chercheurs de l’ULB et de la VUB, une liste de pistes d’action pour une prise en charge globale de la problématique. Cette liste a ensuite été validée par les parties concernées. Ainsi, le médecin généraliste devrait avoir son propre médecin, voire même être amené à adhérer à un programme de prévention en matière de santé, comparable au modèle de la médecine du travail. D’autres mesures touchent entre autres à une meilleure protection sociale, une meilleure maîtrise de l’activité professionnelle, une meilleure reconnaissance et des actions concrètes pour se prémunir contre le surmenage.

Le nombre exact de cas n’est pas connu, mais le malaise est grand
Il n’existe pas de données scientifiques quant au nombre de médecins généralistes qui souffrent d’épuisement professionnel, ou burnout, mais bien des estimations. En 2005, la Fédération des maisons médicales estimait qu’1 médecin généraliste belge sur 10 souffrait de burnout. Il est certain qu’un malaise règne dans la profession, et que le burnout engendre de gros soucis tant en Belgique qu’à l’étranger. Or cela n’affecte pas seulement la santé des médecins, mais menace également indirectement celle de leurs patients.

Les médecins généralistes sont vulnérables au burnout en raison d’une combinaison de facteurs
Le burnout est fortement lié au stress professionnel : forte pression pour ‘être toujours disponibles pour ses patients’, obligation légale de continuité des soins, explosion des connaissances à maintenir à jour, tâches administratives redondantes, … De plus, le médecin est confronté à des conflits de valeurs : il faut à la fois être dévoué et entièrement disponible mais ne pas négliger sa vie de famille et son équilibre personnel. A cela s’ajoute le fait que les patients sont devenus plus exigeants et se comportent comme des consommateurs assertifs.

Les médecins généralistes sont aussi eux-mêmes souvent de mauvais patients et tendent à négliger leur bien-être personnel et leur santé, et à nier leurs problèmes. Ils s’auto-traitent fréquemment et ne consultent pas facilement un confrère. En tant qu’indépendants, ils n’ont pas accès à la médecine du travail préventive et hésitent à interrompre leur activité professionnelle par crainte de perte de revenus ou parce qu’il est difficile de se faire remplacer. Tous ces éléments rendent les médecins généralistes vulnérables au burnout.

Pistes d’action testées avec toutes les parties concernées
En Belgique, il n’existe pas actuellement de programme spécifique pour la prise en charge globale du burnout chez les médecins généralistes, contrairement à d’autres pays comme le Canada et l’Espagne.

Les pistes d’action proposées sont basées sur la littérature scientifique, sur des entretiens avec des médecins généralistes qui sont, ou qui ont été, confrontés au burnout et sur les expériences existant à l’étranger et en Belgique. Les recommandations ont été soumises pour amendement à un groupe de 59 médecins généralistes et ont été ensuite validées par un panel de représentants des parties concernées (associations professionnelles de médecins, universités, etc.) et d’experts.

Quelques pistes d’actions importantes

  • Des soins de santé pour les médecins généralistes.
    Chaque médecin devrait au moins avoir son propre médecin généraliste, qui serait spécialement formé à suivre un confrère. Une autre possibilité à privilégier serait d’instaurer un examen préventif régulier, , sur le modèle de la médecine du travail.
  • Une meilleure protection sociale et un remplacement facilité en cas de maladie.
  • L’encouragement par les autorités de la pratique de groupe ou de la mise en réseau des pratiques solo.
  • Une plus grande maîtrise de leur activité professionnelle par les médecins généralistes.
    Ceci comprend entre autres le fait d’apprendre à dire non et à prioriser ses tâches, à travers des formations et du coaching.
  • Une sensibilisation des patients à ce qu’ils peuvent attendre ou non de leur médecin généraliste, grâce à des brochures explicatives ou des campagnes de communication.
  • Une meilleure reconnaissance de la médecine générale.
    La valeur de la médecine générale devrait être accentuée dès la formation en médecine. L’échange de données médicales entre généralistes et médecins spécialistes pourrait être stimulé et il faudrait prévoir plus de possibilités de diversification des activités du médecin généraliste, comme par exemple la participation à de la recherche, l’enseignement, etc. Une rémunération adaptée devrait être accordée en cas de prise en charge de situations complexes, comme les soins psycho-sociaux.
  • Une maîtrise de la charge de travail.
    Un secrétariat peut alléger la charge administrative des médecins généralistes, tout comme la simplification et l’automatisation des tâches administratives. Des services de garde bien organisés peuvent aussi diminuer la pression. Ce sujet sera abordé dans un rapport KCE à paraître dans les prochains mois.
  • Le traitement du burnout devrait être réalisé par des équipes multidisciplinaires afin de ne pas approcher le problème de manière médicale uniquement mais aussi d’un point de vue relationnel, juridique, financier, etc.
    L’accueil et le traitement devraient être strictement séparés des actions engagées par les instances disciplinaires afin que le médecin en souffrance n’hésite pas à rechercher de l’aide.

Mais les initiatives isolées, les mieux intentionnées soient-elles, ne suffiront pas. Une prise en charge globale, depuis la promotion de la santé et la prévention jusqu’au traitement et au suivi, est nécessaire. L’étape suivante sera d’implémenter les différentes pistes. Cela ne pourra réussir que si les principaux acteurs s’impliquent, et donc surtout les médecins eux-mêmes, avec les facultés de médecine et les décideurs politiques.

A noter que ces recommandations peuvent également servir de base pour une prise en charge coordonnée du burnout dans d’autres groupes professionnels du secteur des soins de santé.

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