Vaccin Pneumocoques : c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes !

 

L’étude du KCE sur la vaccination contre le pneumocoque a débouché sur un résultat inattendu : l’ancien vaccin 23-valent semble plus intéressant que le nouveau 13-valent. Interview du Dr Germaine Hanquet, auteur du rapport, spécialiste en vaccinologie au KCE.

Les résultats de votre étude sont assez surprenants…

C’est nous qui avons été les premiers surpris car tout le monde s’attendait à ce que le nouveau vaccin 13-valent, qui faisait appel à une technologie plus avancée, donne de meilleurs résultats, surtout quand on voit comme il a bien marché chez les nourrissons. Mais au final, son efficacité vaccinale ne se démarque pas clairement de celle de l’ancien vaccin 23-valent. Tous deux sont susceptibles de réduire le nombre d’épisodes de maladies à pneumocoques (et de décès) chez les personnes entre 50 et 84 ans mais, sur la base des données d’efficacité disponibles, rien ne permet d’affirmer que l’un a plus d’impact que l’autre.

Oui, mais le 23-valent couvre davantage de sérotypes ?

En effet. Ici on est dans l’épidémiologie. Comme la vaccination des nourrissons avec le PCV-13 a été très efficace, les 13 sérotypes de pneumocoques contre lesquels ce vaccin protège ont diminué dans notre population – et continuent d’ailleurs à décliner. En outre, les autres sérotypes ont augmenté. On observe aujourd’hui que le 13-valent ne protège plus que contre 25% des sérotypes responsables d’infections invasives chez les personnes âgées, tandis que le 23-valent est encore actif contre 66% de ces sérotypes. En effet, les 11 sérotypes présents uniquement dans le PPV23 sont aujourd’hui responsables de 42% des maladies invasives à pneumocoques.

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Vos résultats sont donc en contradiction avec la recommandation du Conseil supérieur de la santé, qui préconise de vacciner avec PCV-13 puis PPV-13 ?

Ce n’est pas une contradiction : comme eux nous pensons que le 13-valent n’est pas suffisant, à lui seul, pour protéger les patients âgés, et que si le choix se porte malgré cela sur ce vaccin (pour lequel il y a actuellement une campagne de marketing très active…), il faut nécessairement y ajouter le 23-valent (après 8 semaines).

Mais nous avons aussi mené une étude coût-efficacité, et celle-ci montre que la vaccination combinée PCV-13+ PPV-23, outre qu’elle revient fort cher au patient (>100 € tant qu’il n’y a pas de remboursement), ne permet d’éviter ‘que’ quelques hospitalisations et décès supplémentaires. Si cette vaccination devait être remboursée, son coût sociétal serait très élevé : plus de 130 000 € par année (gagnée) de vie en bonne santé (QALY), alors que la vaccination avec le PPV23 seul coûterait pour sa part 83 000 €, 60 000 € et 52 000 € par QALY pour les tranches d’âge respectives de 50-64, 65-74 et 75-84 ans (compte tenu du coût de la vaccination mais aussi du coût des traitements évités).

Vous avez aussi souligné que la vaccination des personnes âgées contre le pneumocoque n’est pas très répandue chez nous (seuls 10% des plus de 65 ans étaient vaccinés en 2013). Est-ce que, finalement, cette vaccination est importante ?

Mon avis est que oui, parce que le pneumocoque est redoutable pour cette population : on estime qu’il a causé, en 2015, environ 5800 hospitalisations et 430 décès dans notre pays. La mortalité des formes invasives peut atteindre 23% chez les plus de 85 ans. Sur le plan pratique, c’est une vaccination qui peut très bien être combinée avec celle contre la grippe. Elle doit être répétée tous les 3 à 5 ans (cette période étant en cours d’évaluation).

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Published on: 
2019/03/05