Dépistage de la dépression pendant et après la grossesse

Screening op depressie tijdens en na de zwangerschap

Le Norwegian Knowledge Centre for the Health Services (NOKC) a publié en janvier 2013 un rapport, basé sur une revue de la littérature, consacré au dépistage de la dépression pendant et après la grossesse. Cette étude visait à informer le 'Conseil National norvégien pour la priorisation en soins de santé' quant à la précision du dépistage et aux résultats que l'on peut en attendre. La grossesse et le postpartum étant deux périodes au cours desquelles les femmes sont en contact fréquent avec le monde médical, il a été jugé opportun de déterminer s'il est recommandé ou non d'instaurer un dépistage de la dépression pré/post-natale.

1. CONTEXT

Les symptômes dépressifs sont très fréquents durant la grossesse et après l'accouchement. Une dépression non traitée est source de risques tant pour la maman que pour l'enfant. Une maman qui souffre de dépression est en effet davantage encline à adopter des comportements à risques et sujette à être confrontée à des problèmes psychosociaux qui, à leur tour, peuvent avoir des conséquences négatives sur le développement de l'enfant.

La détection d'une dépression clinique, de symptômes dépressifs ou d'un état d'abattement est un élément clé, vu qu’il y a des interventions efficaces auxquels on pourrait faire appel, à savoir le traitement et l'encadrement de la maman, de l'enfant et de l'ensemble de la famille.

2. PRINCIPAUX RÉSULTATS

2.1 Précision des tests de dépistage en vue de la détection de la dépression:

Il apparaît que l'Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS) – un questionnaire en dix points visant à détecter la dépression postpartum chez les jeunes mamans – est l'instrument le plus utilisé par les études portant sur la précision et les effets du dépistage. Chacun des éléments de l'EPDS correspond à divers symptômes de dépression clinique, l'évaluation globale s'effectuant par le biais d'un score de synthèse. Plus ce score est élevé, plus les symptômes dépressifs sont marqués. Dans le présent rapport, un score ≥ 10 a été utilisé comme cut-off.

  • L'EPDS, permet d’identifier 93 pour cent (IC à 95 %: 85 à 97) des femmes souffrant de dépression clinique en postpartum (sensibilité).
  • L'EPDS, identifia 78 pour cent (IC à 95 %: 68 à 97) des femmes ne souffrant pas de dépression clinique en postpartum comme étant en bonne santé (spécificité).
  • La spécificité de 78% signifie que 22% des femmes ne souffrant pas de dépression clinique sont considérées comme présentant un risque de développer une dépression (faux positifs) sur la base de l'EPDS.

Les chercheurs du NOKC donnent l'exemple suivant:

Si dix pour cent des femmes souffrent de dépression après la naissance, on recensera 100 femmes déprimées sur une population aléatoire de 1.000 femmes. Si ces 1.000 femmes font l'objet d'un dépistage EPDS (avec clivage à ≥ 10), on peut s'attendre à identifier 93 des 100 femmes déprimées. Neuf cent sujets sur les mille ne seraient donc pas considérés comme dépressifs mais, dans le cas d'un dépistage selon la méthode EPDS, 198 d'entre eux seraient identifiés comme 'malades' (faux positif). En dépistant 1.000 femmes, 291 d'entre elles seront considérées comme positives, alors que 93 seulement souffrent effectivement de dépression. En d'autres termes, 32% (93 sur 291) seulement des femmes identifiées comme 'positives' à l'issue du test courent effectivement le risque de souffrir de dépression. À l'inverse, le risque de dépression réelle parmi les femmes identifiées comme 'négatives' par le test est de 1% (7/(702+7).

2.2 L'efficacité du dépistage conjugué à une intervention pour symptômes dépressifs:

  • Des preuves de qualité élevée indiquent que la mise en place d'un programme postnatal combinant le dépistage à l’aide du EPDS et une intervention psychosociologique réduit la prévalence des symptômes dépressifs de 10% à 6% (95 % IC: 5 % à 8 %) durant la période de quatre à six mois après l'accouchement. Ces preuves sont fondées sur quatre essais randomisés contrôlés et sur deux études d’observation, portant sur 5052 personnes au total.
  • La méthode utilisée pour analyser les symptômes dépressifs varie d'une étude à l'autre (fondée par exemple sur un examen clinique ou récoltée a posteriori au moyen d'un relevé de notes quotidiennes), mais la prévalence des dépressions cliniques avérées parmi les participantes n'est pas claire. Toutes les interventions étaient psychosociologiques (non pharmacologiques), avec des variations en termes d'encadrement proposé et durant la période de suivi.
  • Aucune étude n'a rapporté les résultats physiques ou sociaux pour la maman, et aucun effet néfaste du dépistage ou de l'intervention pour la maman, l'enfant ou la famille n'a été rapporté. 

3. CONCLUSION

L'EPDS est le test le plus fréquemment utilisé dans le cadre des études portant sur la précision et l'efficacité. Le dépistage postnatal avec EPDS conjugué à une intervention réduit d’environ 40% (Odds Ratio 0.60; 95% IC 0.49 à 0.75) la proportion de femmes souffrant de symptômes dépressifs à 4-6 mois par rapport à une population dans laquelle on ne pratique pas de dépistage. En d'autres termes, 4 à 6 mois après l'accouchement, en Norvège, la probabilité des femmes appartenant au groupe non dépisté de souffrir de symptômes dépressifs est de 10% vs 6% (de 5 à 8%) dans le groupe dépisté. La plupart des femmes présentant un(e) (risque de) dépression seront effectivement identifiées (9 sur 10), mais on observera aussi un nombre significatif de femmes (±20% de l'ensemble du groupe) qui seront identifiées comme présentant un risque de dépression, alors qu'elles ne sont pas déprimées (faux positifs).

L'étude conclut en outre que des études complémentaires doivent être entreprises. Le dépistage avec EPDS devrait être effectué dans le cadre d'une grande étude contrôlée, assortie d'un suivi dans le long terme, visant à évaluer l'effet clinique tout en récoltant des données sur la qualité de vie et sur les ressources utilisées. Parmi les points qui devraient faire l'objet d'investigations supplémentaires, citons les études centrées sur les femmes enceintes, les études avec suivi à long terme et les études s'intéressant aux autres effets que la dépression, y compris les effets sur l'enfant.

4. REFERENCES

1. Larun, L. Fønhus MS, Håvelsrud K, Brurberg KG, Reinar LM. Depresjonsscreening av gravide og barselkvinner (Rapport fra Kunnskapssenteret no. 1−2013. Oslo: Nasjonalt kunnskapssenter for helsetjenesten, 2013.
2. Le rapport peut être téléchargé depuis le site Internet du NOKC (http://www.kunnskapssenteret.no/Home), dans la rubrique “Publications”, 2013).

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Published on: 
2013/09/05