Réforme des urgences et des postes de garde

R263

Le rapport du KCE sur la réforme des urgences a été fraîchement accueilli par les MG. Koen Van den Heede et Carine Van de Voorde, auteurs de l’étude (KCE Reports 263B), répondent aux principales critiques : 

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LE MODÈLE PROPOSÉ RENFORCERAIT L’HOSPITALO-CENTRISME 

Aujourd’hui, lorsqu’ils estiment avoir besoin de soins aigus, la majorité des gens se rendent spontanément au service d’urgences d’un hôpital. Ce comportement n’a fait que croître ces dernières années et ce malgré la création des PMG. Le KCE est parti de l’idée que, outre des efforts pour réorienter ces patients vers leur médecin traitant (p.ex. via le 1733), l’organisation des soins doit aussi s’adapter à cet état de fait, et ce dans l’intérêt du patient. 

Nous proposons donc de transformer les services d’urgences des hôpitaux en ‘centres de soins aigus’. Tout patient y verrait d’abord un(e) triagiste cliniquement formé(e), justement pour diminuer l’usage inapproprié des services d’urgences hospitaliers que l’on observe actuellement. Tous ceux dont le problème ne nécessite pas une prise en charge hospitalière spécialisée seront alors soit rassurés (problème non urgent) et réorientés vers leur propre médecin traitant, soit, au besoin, d’abord aidés au niveau de la permanence de médecine générale.

Si vous observez le schéma de notre modèle (ci-dessus), vous voyez que ce triage se trouve bien avant les portes des urgences (et non à l’intérieur). Le triage et la permanence doivent fonctionner en toute indépendance de l’hôpital, sous la supervision des cercles de médecine générale locaux. Dans tous les cas, le patient sera renvoyé vers son propre MG pour le suivi – donc pas de DMG, ni de consultations de suivi au niveau de la permanence. Le résultat net est que plus de patients restent dans la filière MG, et que bon nombre d’examens techniques inutiles sont évités.

IL N’EST PAS NORMAL QUE LA PERMANENCE DE MG SOIT OUVERTE 24H/24 

C’est en journée que les urgences accueillent – de loin – le plus de demandes, dont une proportion globale d’au moins 40% relevant de la médecine générale. C’est donc à ce moment que le besoin d’une telle structure est le plus important.

Pragmatiquement, il y a aussi une question de lisibilité : une présence 24h/24 évite aux patients de devoir retenir des heures d’ouverture, qui varient d’un PMG à l’autre et qu'ils retiennent difficilement. 

Cela étant, nous précisons également que, dans les régions où il y a peu de demandes la nuit, la permanence peut être fermée ; les rares patients qui se présentent seront alors accueillis aux urgences. Par contre, dans les régions sans hôpital à proximité, nous prévoyons qu’il faudra plus de permanences de MG qu’il n’y a d’hôpitaux, et que ces permanences devront être suffisamment bien équipées.

IL EST IMPOSSIBLE DE CONCILIER UNE PRATIQUE DE MG AVEC UNE PRÉSENCE À LA PERMANENCE

Sur ce point, nous pensons qu’il y a un malentendu: il ne s’agit pas de cumuler ces deux fonctions. La médecine générale est en pleine mutation ; le travail dans une permanence de MG pourrait être une nouvelle forme de pratique de la MG. Certains MG pourraient choisir de d’exercer exclusivement de cette façon, éventuellement de façon temporaire (p.ex. pendant quelques années au sortir des études pour se forger une expérience) ; ils peuvent aussi choisir de le faire à temps partiel (comme d’autres MG combinent une pratique en maison de repos ou à l’ONE, p.ex.). Ce système ne devrait donc pas venir alourdir la charge de travail des cercles, mais bien la soutenir par une infrastructure plus adaptée et plus sécurisante.

CE SYSTÈME NE POURRA PAS FONCTIONNER ÉTANT DONNÉ LA PÉNURIE DE MG

En effet, dans la mesure où nous voulons renvoyer les gens vers leur MG ou les encourager à en choisir un, il pourrait y avoir une demande accrue, mais ceci n’est pas spécifique à notre modèle. Certains autres modèles qui ont été proposés en réaction à notre rapport « consommeraient » d’ailleurs encore plus de MG.

En 2018 arrivera la « double cohorte » de médecins généralistes. Ne pourrions-nous pas profiter de cette occasion pour organiser différemment la profession en créant de nouvelles formules ? Sans compter que, d’après les tout derniers chiffres, l’attraction pour la médecine générale commencerait à repartir à la hausse…

CE N’EST PAS PARCE QUE LES USAGERS VIENNENT TROP SOUVENT AUX URGENCES HOSPITALIÈRES QU’IL FAUT LES ENCOURAGER À CONTINUER À LE FAIRE

Comme dit plus haut, 40%, voire plus, des 3.2 millions de contacts annuels aux urgences (donc grosso modo un million) relèvent de la médecine générale. N’est-il pas illusoire de penser que l’on va réussir à modifier par des campagnes de sensibilisation un comportement qui s’est ancré à ce point dans les habitudes de la population ? Cela étant, le modèle proposé encourage plus qu’aujourd’hui les gens à retourner chez leur MG, ou à s’en choisir un. Dans notre schéma, la flèche qui part du triage et qui renvoie vers le MG est un élément très important. Une autre mesure proposée est que le TM de la visite dans un centre de soins aigus soit légèrement plus élevé que celui auprès de son MG de référence.

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Karin Rondia (FR)
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RAPPORT ANNUEL
Published on: 
2018/11/20