Pourquoi si peu de prise en charge des problèmes d’alcool ?

NGM2En Belgique, près de 10% des adultes consomment de l’alcool d’une manière qualifiée de problématique. Parmi eux, seulement un sur douze cherche (ou trouve) de l’aide auprès d’un professionnel – et cela après avoir attendu en moyenne… 18 ans ! Même si les causes de cette situation désastreuse sont en grande partie attribuables à la société dans son ensemble (qui banalise ou valorise la consommation d’alcool en même temps qu’elle stigmatise l’alcoolisme), il semble que les prestataires de soins soient assez peu actifs, désarmés, voire découragés, face à ce problème. Avec, logiquement, en première ligne, les médecins généralistes, considérés comme les mieux placés pour détecter ces problèmes et les aborder dans leur contexte. 

LES « BONNES RAISONS » DES UNS ET DES AUTRES POUR NE PAS AGIR: 

Le médecin : 

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Le patient :

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La Société: 

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Patriek Mistiaen et Laurence Kohn, auteurs de l’étude :

Nous avons beaucoup travaillé avec les experts de terrain, soignants, (ex-)patients et associations d’aide. Cela nous a permis d’identifier plusieurs points d’attention et possibilités d’action réalistes et acceptables, dont certaines concernent directement les intervenants de 1re ligne :

  • Manque d’information – et souvent déni – des personnes présentant une consommation problématique d’alcool : Les MG sont parmi les mieux placés pour sensibiliser ces personnes, par exemple en leur posant systématiquement la question de leur consommation. Cette question est devenue banale pour le tabagisme, pourquoi ne le serait-elle pas pour l’alcool ? Ils peuvent aussi placer des affiches et des brochures dans leur salle d’attente.  
     
  • Manque de formation des intervenants de 1re ligne : De nombreuses études montrent que beaucoup de prestataires de soins ne possèdent pas de connaissances suffisantes sur la consommation problématique d’alcool et sur la manière d’aborder ce sujet délicat avec leurs patients. Nous pensons donc que tant les formations de base que les formations continues doivent prévoir des modules spécifiques au dépistage de la consommation problématique et aux interventions brèves. La SSMG et Domus Medica ont déjà de tels modules disponibles ; il faut encourager les MG à y faire appel.
     
  • Manque de temps des médecins généralistes pour des consultations forcément complexes : Une consultation au cours de laquelle la problématique de l’alcool est abordée nécessite généralement plus de temps. Dès lors, un meilleur financement des consultations plus longues pourrait contribuer à une meilleure identification et prise en charge des consommations problématiques, à l’instar des « consultations cancer » ou des consultations pour maladies chroniques dont nous demandons le financement depuis longtemps.
     
  • Manque de place et de diversité dans les possibilités de prises en charge : La psychiatrie est souvent le seul réflexe pour orienter un patient qui a un sérieux problème d’alcool, et il y a souvent de longs temps d’attente. Nous préconisons d’élargir l’éventail de soins à d’autres champs, notamment en impliquant davantage la première ligne (généralistes, psychologues, infirmiers et assistants sociaux,…). On pourrait p.ex. créer des équipes de consultation multidisciplinaires spécialisées vers lesquelles les MG pourraient orienter plus facilement les personnes présentant une consommation problématique d’alcool, ou qui pourraient soutenir et conseiller les intervenants de 1re ligne.
     

Élargir l’éventail de soins peut aussi consister à encourager les nouvelles formes de soins, comme les sites internet ou des applications qui proposent un soutien en ligne. Les agences en charge de la promotion de la santé ont d’ailleurs développé de tels outils. Ils permettent aussi de donner de l’information sur ce qu’est une consommation problématique. Voir par exemple le site www.aide-alcool.be

Ce rapport est actuellement utilisé dans le cadre d’un groupe de travail qui prépare un Plan Alcool global, à l’initiative des ministres de la santé (du fédéral et des entités fédérées), de la justice, de l’économie et de l’intérieur. 

PERSONNE DE CONTACT
Karin Rondia (FR)
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RAPPORT ANNUEL
Published on: 
2017/07/18