L’avis (négatif) du KCE sur le dépistage cardiaque chez les jeunes sportifs est repris par le British Medical Journal (BMJ)

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Ce printemps, de nouveaux cas de mort subite de jeunes sportifs sont venus endeuiller l’actualité dans notre pays. Et à nouveau, certains saisissent l’occasion pour réclamer un dépistage obligatoire des jeunes sportifs. Le KCE s’est déjà prononcé, chiffres à l’appui, contre une telle mesure qui ferait plus de tort que de bien. Son étude, publiée il y a tout juste un an, est à présent reprise par la célèbre revue scientifique BMJ (British Medical Journal).

POURQUOI LE KCE S’OPPOSE-T-IL À UN DÉPISTAGE SYSTÉMATIQUE DES JEUNES SPORTIFS ASYMPTOMATIQUES ?

  • Il n’existe à l’heure actuelle aucune preuve scientifiquement fiable qu’un tel dépistage, chez des jeunes sportifs asymptomatiques, soit de nature à prévenir des décès prématurés.
  • Ni l’examen physique ni l’ECG ne sont assez fiables pour détecter d’éventuelles affections cardiaques passées inaperçues. On estime qu’un quart des jeunes à risque passeraient entre les mailles du filet. Ceci explique d’ailleurs pourquoi on observe régulièrement des cas de mort subite chez des jeunes sportifs professionnels qui font pourtant l’objet d’un suivi intensif.
  • Un tel dépistage causera des dizaines de milliers de faux positifs, avec toute l’angoisse et les examens complémentaires inutiles que cela entraîne. Et en fin de compte des milliers de jeunes sportifs inutilement placés sous traitement médical – parfois leur vie entière – ce qui n’est pas non plus dénué de risques. Sans compter qu’ils seront souvent mis en garde, momentanément ou définitivement, contre leur pratique sportive, alors qu’en réalité, ils n’ont aucun problème.

Le KCE a donc calculé que les dommages et les risques liés à un tel dépistage systématique au sein d’une population en bonne santé dépassent les avantages qu’il peut apporter.

Ces recommandations du KCE ont fait  – et font toujours – l’objet d’attaques en règle de la part de certains médecins du sport et cardiologues. La publication de l’étude du KCE dans le British Medical Journal, après avis favorable d’experts américains, britanniques et australiens, apporte aujourd’hui la preuve qu’il s’agit d’un travail considéré comme fiable et de haute qualité scientifique.

L’ARGUMENT DE « L’ÉTUDE ITALIENNE » N’EST PAS VALABLE

Les partisans d’un dépistage systématique en Belgique font régulièrement référence à une étude italienne1 déjà ancienne qui prétend que le dépistage permet de diminuer le nombre de morts subites. En Italie, un dépistage est en place depuis plusieurs dizaines d’années. Mais les auteurs de l’étude refusent de communiquer la moindre information sur l’impact de ce dépistage, à part une publication partielle des résultats de la région de Vénétie pour la période 1979-2004. Même après des demandes répétées du gouvernement britannique, du KCE et, récemment, du BMJ lui-même, les scientifiques italiens persistent à refuser de communiquer leurs données. Une attitude suspecte tant sur le plan scientifique que sur le plan éthique. Le BMJ rappelle d’ailleurs cette controverse dans un éditorial spécial (par Deborah Cohen).

LIENS INTÉRESSANTS:

RÉFÉRENCE:

1. Corrado D, Basso C, Pavei A, Michieli P, Schiavon M, Thiene G. Trends in sudden cardiovascular death in young competitive athletes after implementation of a preparticipation screening program. JAMA. 2006;296(13):1593-601.

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Published on: 
2017/07/18