Arthroplastie totale de hanche et arthroplastie de resurfaçage pour l'arthrose terminale de la hanche

Volledige vervanging en resurfacing van de heup bij eindstadium artrose

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Anja Desomer, Lorena San Miguel, Chris De Laet

Le NICE (National Institute for Health and Care Excellence) a procédé en 2014 à l'actualisation[1]de deux de ses évaluations technologiques (HTA) sur l'arthroplastie totale de hanche[2]et l'arthroplastie de resurfaçage[3]chez les patients souffrant d'arthrose terminale de la hanche. En se basant sur une mise à jour des revues systématiques de littérature originales et sur une analyse rétrospective de données individuelles de patients du National Joint Registry anglais, le NICE a reformulé sa recommandation initiale sur l'utilisation des prothèses de la manière suivante:

« Les prothèses utilisées pour l'arthroplastie totale de hanche et l'arthroplastie de resurfaçage sont recommandées en tant qu'options thérapeutiques chez les personnes souffrant d'arthrose terminale de la hanche uniquement si le taux de révision (réel ou anticipé) à 10 ans des prothèses est de 5 % ou moins.[1] »

Contexte

En 2014, dans son guide de pratique clinique [4] sur la prise en charge de l'arthrose chez les adultes, le NICE stipulait qu’une chirurgie de remplacement articulaire pouvait être envisagée si, après une phase de traitement non chirurgical (exercice, kinésithérapie et analgésiques), le patient présentait toujours une douleur continue, une raideur articulaire, un fonctionnement limité et une mauvaise qualité de vie. Cette chirurgie peut consister en un remplacement complet de la hanche endommagée (arthroplastie totale de hanche, ATH) ou en une arthroplastie de resurfaçage de la hanche.

Dans l'ATH, on remplace à la fois la tête et le col du fémur, ainsi que la cavité articulaire correspondante sur l’os du bassin (acétabulum), d’où le nom de prothèse « totale ».  L'arthroplastie de resurfaçage quant à elle laisse ces structures osseuses en place ; seules les surfaces articulaires de  la tête du fémur et de l'acétabulum sont « resurfacées » au moyen d'une tête de resurfaçage et d'une cupule acétabulaire, respectivement. 

Revue de la littérature et analyse des données de patients

Portée

La revue du NICE est une mise à jour de deux évaluations (HTA) de l'efficacité de l'ATH et de l'arthroplastie de resurfaçage. Cette mise à jour se focalise sur les différences de taux de révision (= pourcentage de ré-interventions) entre les deux procédures chirurgicales chez des patients atteints d'arthrose terminale.

D’une part, le guide pratique pour la sélection de prothèses pour l'arthroplastie totale de hanche recommandait l'utilisation de prothèses présentant un taux de révision maximal de 10% à 10 ans. D’autre part, le guide pratique sur l'utilisation de l'arthroplastie de resurfaçage de la hanche « métal-métal » (metal on metal, MoM) recommandait que cette intervention soit réservée aux personnes relativement actives et jeunes (moins de 65 ans) souffrant d'une maladie avancée de la hanche qui, sans cette option de resurfaçage, devraient avoir recours à une ATH classique.  

Méthodes

Le groupe d'évaluation du NICE a effectué une revue systématique d'essais cliniques contrôlés randomisés (RCT), de revues systématiques et d'études des registres de  remplacement de la hanche de plusieurs pays. Une analyse de données individuelles de patients du registre anglais (National Joint Registry – NJR) sur toutes les procédures réalisées entre 2003 et 2012 (tant dans les établissements publics que privés) a également été effectuée. Seize RCT et huit revues systématiques de la littérature ont été identifiés, mais il a été impossible de regrouper leurs résultats en raison de faiblesses méthodologiques. La recherche dans les registres a permis d'obtenir huit études sur l'arthroplastie de resurfaçage et 22 sur l'ATH.

Résultats et conclusions

Les données fournies par les RCT sur les taux de révision pour l'arthroplastie de resurfaçage et l'ATH ne sont pas concluantes, tandis que les revues systématiques de la littérature (incluant des données de RCT et d'études observationnelles) révèlent un taux de révision plus élevé après arthroplastie de resurfaçage qu'après ATH. Ces résultats ont été confirmés par trois des quatre études de registre. Enfin, les résultats de l'analyse rétrospective des données individuelles de patients (ajustées pour l'âge et le sexe) du NJR confirment les études de registre publiées : le taux de révision pour l'arthroplastie de resurfaçage, sur une période de suivi de neuf ans, est environ trois fois supérieur à celui des prothèses utilisées pour une ATH, quel qu'en soit le type.

Chez les patients remplissant les conditions tant pour une arthroplastie de resurfaçage que pour une ATH (c.-à-d. personnes actives âgées de moins de 65 ans), les taux de révision prédits sont les suivants :

  • à 10 ans : 17,2 % pour l'arthroplastie de resurfaçage contre 4,6 % pour l'ATH
  • à 20 ans : 48,3 % pour l'arthroplastie de resurfaçage contre 12,9 % pour l'ATH

Il reste toutefois des incertitudes concernant ces différences de taux de révision, puisque les personnes soumises à une arthroplastie de resurfaçage ont plus de chances d'être physiquement actives, ce qui pourrait contribuer à accélérer l'usure de leur prothèse.

Chez les patients qui ne répondent pas aux conditions pour une arthroplastie de resurfaçage, les taux de révision de l'ATH sont similaires voire inférieurs, en fonction du matériau des prothèses. Finalement, la comparaison des différents types d'ATH ne permet pas de tirer des conclusions claires.

Les données individuelles de patients ont également révélé que les taux de révision pour l'arthroplastie de resurfaçage (non ajustés pour l'âge) sont plus élevés chez les femmes (18% à neuf ans) que chez les hommes (7% à neuf ans).

L'évaluation coût-efficacité indique que le facteur de coût le plus important est précisément le taux de révision : le rapport coût-efficacité d'une prothèse est d'autant plus favorable que son taux de révision est réduit.

En se basant sur ces résultats, le NICE a considéré que « dans la mesure où toutes les catégories de prothèses utilisées pour une arthroplastie totale de hanche (ATH) présentaient un taux de révision prédit à 10 ans inférieur à 5%, la valeur associée à la nouvelle norme ne devrait pas être supérieure à 5%. Étant donné que le taux de révision prédit pour l'ATH était inférieur à 5% à 10 ans dans la population éligible tant pour une ATH que pour une arthroplastie de resurfaçage, (…) la norme de taux de révision pour l'arthroplastie de resurfaçage devrait être identique à celle de l'ATH. »

Facteurs influençant le choix

Outre l'âge, le sexe et le niveau d'activité du patient, d'autres facteurs peuvent influencer le choix du type de prothèse, comme la formation et l'expérience du chirurgien dans l'utilisation de différentes prothèses, sa perception du type de prothèse fonctionnant le mieux et les données cliniques disponibles pour des prothèses particulières. Rappelons que l’avantage des prothèses de resurfaçage serait de conserver le capital osseux du patient et de préserver l'anatomie de la hanche native.

Situation en Belgique 

D'après les données de santé 2013 de l'OCDE, la Belgique présente l'un des taux de chirurgie de remplacement de la hanche les plus élevés (236 pour 100 000 habitants, contre une moyenne de 160 pour 100 000 habitants pour les 32 pays de l'OCDE) et n'est devancée que par la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, la Norvège et la Suède.[5]

En avril 2009, un système d'enregistrement pilote volontaire des prothèses de la hanche et du genou a été mis en place (QERMID@Orthopride)[6] ; en juillet 2014, l'enregistrement des procédures de pose de prothèses de la hanche et du genou est devenu une condition préalable obligatoire pour le remboursement, ce qui devrait faciliter l'analyse de la situation belge dans un futur proche.

Références bibliographiques

1. NICE. Total hip replacement and resurfacing arthroplasty for end-stage arthirtis of the hip In NICE technology appraisal guidance [TA 304]. National Institute for Health and Care Excellence (NICE) 2014; 1-63.
2. NICE. Guidance on the selection of prostheses for primary total hip replacement. In NICE technology appraisal guidance 2. National Institute for Health and Care Excellence (NICE) 2000; 1-3.
3. NICE. Guidance on the use of metal on metal hip resurfacing arthroplasty. In NICE technology appraisal guidance 44. National Institute for Health and Care Excellence (NICE) 2002; 1-3.
4. NICE. Osteoarthritis: care and management in adults. In NICE clinical guideline 177. National Institute for Health and Care Excellence (NICE) 2014; 1-37.
5. OECD. Health at a Glance 2013: OECD Indicators. In OECD Publishing. 2013.
6. http://www.riziv.fgov.be/fr/professionnels/sante/fournisseurs-implants/q...

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Published on: 
2015/05/27