Le Réseau belge d’Evidence-Based Practice est sur les rails !

  • Juillet 9, 2019

La pratique des soins de santé répond à une approche scientifique de plus en plus rigoureuse, suivant en cela la philosophie « evidence-based » (basée sur les preuves). Pour tenir les professionnels des soins au courant des évolutions les plus récentes, de nombreuses organisations professionnelles et sociétés scientifiques développent et diffusent des guidelines. Mais en Belgique, même si ce travail est de bonne qualité, la manière dont il est effectué et financé manquait de cohérence. C’est pourquoi la ministre de la santé Maggie De Block avait émis le souhait, en 2016, que ces tâches soient centralisées et coordonnées au sein d’un réseau fédéral. Le Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) avait été chargé de la conception et de l’opérationnalisation de ce réseau. Ce travail d’intense collaboration avec les acteurs de terrain s’est étendu sur trois années ; il trouve aujourd’hui son aboutissement avec la mise sur les rails du Réseau EBP belge.

Une philosophie qui a changé les pratiques de soins

La pratique de la « médecine basée sur les preuves » (Evidence-based Medicine ou EBM) est la référence pour tous les médecins depuis une vingtaine d’années. Toutes les autres professions de santé emboîtent aujourd’hui progressivement le pas. C’est pourquoi on préfère désormais le terme EBP (pour Evidence-Based Practice) au terme EBM.

Pour un soignant, quel qu’il soit, se conformer à l’EBP c’est combiner, au quotidien, trois éléments : 1/ sa propre expertise clinique, 2/ les « preuves » (= evidence en anglais), généralement fournies sous forme de recommandations ou guidelines, et 3/ les préférences et valeurs de chaque patient individuel. C’est donc l’exercice de ce subtil équilibre qui est dorénavant enseigné à tous les futurs professionnels de la santé.

Aussi un outil pour la politique de santé

L’EBP est également essentielle en termes de politique de santé car elle constitue un moyen important d’améliorer la qualité, l'efficacité et l'efficience des soins de santé. Le déploiement de l’EBP à l'échelle nationale est donc un objectif politique majeur pour le système de soins d’un pays et il revient aux pouvoirs publics de fournir aux prestataires de soins un accès rapide et permanent à des guidelines de haute qualité. C’est pourquoi la ministre de la santé Maggie De Block avait émis le souhait, en 2016, que le développement et la diffusion de guidelines soient centralisés et coordonnés au sein d’un « Réseau fédéral EBP » réunissant les nombreuses organisations professionnelles déjà actives sur ce terrain dans notre pays.

Dans un premier temps, le réseau belge sera limité aux soins de 1re ligne. Il réunira les représentants de dix professions de santé désignées par Arrêté royal (12 novembre 2017) ; il s’agit des médecins généralistes, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, logopèdes, podologues, dentistes, diététiciens.

Créer un réseau à partir des acteurs existants

Parmi les acteurs de l’EBP en Belgique, la plupart sont des « développeurs », c’est-à-dire des organisations professionnelles qui élaborent des guidelines pour les professions de santé qu’elles représentent. Elles continueront à réaliser cette mission, mais dans le cadre de priorités définies en commun (voir plus loin) et sur la base d’appels d’offres.

D’autres acteurs de l’EBP se sont spécialisés dans des rôles précis, comme le CEBAM (Centre belge d’Evidence-Based Medicine) qui est responsable de la validation de tous les guidelines financés par des moyens publics, ou l’asbl Ebpracticenet, qui centralise la dissémination de ces recommandations via son site internet ebpnet.be. Jusqu’à présent, ces acteurs ont essentiellement travaillé pour les médecins généralistes ; ils élargissent désormais leur champ d’action aux dix professions de santé concernées.

Le portail Ebpnet deviendra un portail unique où tous les acteurs des soins de santé – ainsi que les patients – pourront avoir accès gratuitement à des guidelines développés et validés spécifiquement pour la population belge (voir aussi la vidéo présentant la plateforme ebpnet (1min 15) sur https://vimeo.com/340620296). Des liens avec les dossiers informatisés des patients permettent déjà aux médecins généralistes de trouver immédiatement les informations adéquates et d’en discuter avec leurs patients.

Un « cycle » pour tous les guidelines à venir

Le réseau prévoit aussi trois nouvelles « fonctions » qui n’étaient pas encore formalisées en Belgique.

1/ Un processus de priorisation, qui consiste à définir ensemble et avec les autorités de santé les thèmes prioritaires sur lesquels le réseau devra concentrer ses efforts afin de travailler de façon cohérente et concertée. La coordination de ce processus a été attribuée au KCE.

2/ Une fonction spécifique à l’implémentation des guidelines. On désigne par-là tout ce qui a trait à la mise en pratique des guidelines sur le terrain. C’est l’asbl Ebpracticenet qui a été chargée de cette facette du travail du réseau, dans la continuité de sa tâche de plateforme de dissémination www.ebpnet.be (voir aussi plus loin).

3/ Enfin, l’étape finale est l’évaluation, qui permettra de vérifier dans quelle mesure les efforts consentis par le réseau ont atteint leur but, afin d’ajuster la suite de son travail en fonction des résultats. Cette tâche a été attribuée au CEBAM.

L’ensemble de ces fonctions forme un « cycle de vie » dont chaque nouveau guideline (ou autre support d’information EBP) devra parcourir les différentes étapes. Le fonctionnement du Réseau EBP est calqué sur ce cycle de vie.

EBP Cycle de vie

Une Charte de bonne gouvernance

Créer un réseau, c’est amener différents partenaires à collaborer tout en préservant chacun leurs caractéristiques. Pour qu’un réseau fonctionne de façon constructive, dans un esprit de confiance mutuelle, il est nécessaire que toutes les interactions en son sein soient clairement définies. C’est pourquoi tous les acteurs de l’EBP potentiellement intéressés, au Nord comme au Sud du pays, ont été conviés à participer à l’élaboration d’une Charte de bonne gouvernance qui régira le fonctionnement global du réseau. Cette étape cruciale et intense a été menée sous la houlette de l’Antwerp Management School et de Noventus, partenaires spécialisés dans la gestion de réseaux.

Vers un réel travail en commun et un réseau auto-apprenant

Pour chacune des six fonctions du « cycle de vie », une cellule de coordination a été mise en place. Chacune de ces cellules élabore une collection spécifique de méthodes, procédures et outils de travail qui lui sont propres. Les résultats seront mis en commun de manière à ce que chacun puisse profiter des connaissances et du savoir-faire des autres partenaires. Le Réseau deviendra ainsi « auto-apprenant » avec des rouages fonctionnant en toute transparence, de manière coordonnée, sur la base de procédures communes.

Une gouvernance bien balisée

La coordination de l’ensemble du réseau a été confiée à une structure de type Network Administrative Organisation (NAO) c’est-à-dire une organisation indépendante distincte des partenaires au sein du réseau. Cette NAO a pris la forme juridique d’une fondation d’intérêt public ; elle assurera la gestion opérationnelle du réseau fédéral EBP au quotidien et sera l’interface entre les acteurs du réseau, les pouvoirs publics subsidiants et tous les utilisateurs de terrain.  

Les orientations stratégiques du réseau seront déterminées par un « Comité de pilotage fédéral », constitué de représentants de l’INAMI, du SPF Santé publique et du Cabinet du ministre de la santé (le KCE et l’Agence fédérale du médicament et des produits de santé -AFMPS en sont membres consultatifs).
Un « Comité consultatif » sera également créé ; il sera constitué de représentants des professionnels de la santé et des patients, d’associations scientifiques, des mutualités et d’acteurs de l’EBP (p.ex développeurs, disséminateurs…). Son rôle sera de donner un feedback des utilisateurs et acteurs de terrain vers le Comité de pilotage.  

Des appels à projets axés sur l’implémentation

La ministre de la santé a souhaité que, pour ses premières réalisations, le Réseau EBP mette l’accent sur l’implémentation de guidelines existants. En effet, en matière de soins de santé, mettre simplement de nouvelles recommandations à la disposition des professionnels ne suffit pas. Il est souvent nécessaire de mettre en œuvre des « stratégies » pour les convaincre de modifier leurs habitudes. Ces stratégies s’inspirent des sciences sociales et de la communication, et font donc appel à des compétences particulières dans le champ des soins de santé.

Des appels à projets ont été lancés en ce sens et des groupes de travail sont déjà à l’œuvre autour du « Trajet de soins belge pour la prise en charge des douleurs lombaires et radiculaires » (KCE) et du « Traitement conservateur de la claudication intermittente en tant que symptôme d’une maladie artérielle périphérique » (Claudicatiocare.be).

Un nouvel appel est en cours (jusqu’au 3/9/2019) sur la prise en charge de la douleur chronique.

Comment votre organisation peut-elle s’impliquer ?

  • Si vous souhaitez être tenus au courant des activités du Réseau, vous pouvez vous inscrire à la newsletter d’Ebpracticenet (www.ebpnet.be). N’hésitez pas à encourager tous les membres de vos organisations/associations à s’y inscrire également.
  • Toute organisation, association ou groupement d’acteurs qui souhaite s’impliquer activement dans le Réseau EBP peut signaler son intérêt auprès du « Comité consultatif » (en voie de création) via l’adresse info@ebpnetwork.be.
  • Il est également possible de répondre aux appels d’offres qui seront régulièrement publiés pour les activités de développement ou d’implémentation de guidelines ou autres supports d’information EBP.
  • Les associations représentantes des 10 professions de santé de première ligne susmentionnées qui ne sont pas encore identifiées dans le Réseau peuvent se faire connaître à l’adresse info@ebpnetwork.be.
CONTACT
Karin Rondia (FR)
+32 (0)2 287 33 48
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